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ACTUEL / INSTITUTIONS

L’OMS, cette proie si facile!

M onstre bureaucratique, inefficace, trop lente, trop rapide, elle fait un bouc émissaire idéal. Depuis que le président Trump, qui niait la gravité du coronavirus tant qu’il frappait ses adversaires chinois et iranien, a tourné sa veste et décrété que le virus, qui s’attaquait désormais à son pays, était «chinois» et que l’OMS avait tardé à le reconnaitre pour ménager Pékin, les attaques contre l’organisation onusienne se sont mises à pleuvoir de tous côtés. Qu’en est-il exactement? L’OMS est-elle vraiment à la solde des Chinois et a-t-elle failli?

Les faits d’abord. Contrairement à la réécriture du film actuellement en cours, on sait que la Chine a mis quatre semaines, entre fin novembre et fin décembre, pour repérer et identifier les premiers malades comme porteurs d’un virus potentiellement contagieux et prendre les premières mesures sanitaires. Que l’OMS a mis trois semaines, en pleine période de fêtes, entre le 31 décembre, jour du premier signalement, et le 23 janvier, pour prendre connaissance, investiguer et décréter le stade épidémique. Et que nos gouvernements, pourtant dûment avertis par les reportages des médias et par l’OMS, ont attendu deux mois de plus, jusqu’au 15 mars, pour prendre les mesures urgentes nécessaires! Qui a fait juste, qui a fait faux, à vous de juger…

Rappelons aussi que décréter une épidémie est un enjeu aussi bien sanitaire que commercial. En 2009, lors de la crise H1N1 (18'000 morts au total), l’OMS, alors dirigée par Margaret Chan, avait été à juste titre critiquée parce qu’elle avait décrété l’épidémie trop tôt, sous l’influence d’un comité d’experts proches des industries pharmaceutiques, et qu’elle avait de ce fait déclenché une course aux vaccins et aux traitements se chiffrant par dizaines de milliards de dollars dépensés en vain… Mais en 2015, avec Ebola, on lui a fait le reproche inverse: alors que ce virus décimait les zones rurales pauvres d’Afrique dans une indifférence totale puisque les malades n’étaient pas solvables, quelques cas sont apparus en Occident, déclenchant aussitôt l’alerte générale et un déluge de reproches sur l’OMS qui n’avait pas réagi à temps… 

Rappelons enfin que l’OMS n’est qu’un reflet de la société internationale et que si elle a un biais, c’est plutôt en faveur des Etats-Unis et de l’Europe. Le budget de l’OMS est de moins de 6 milliards de dollars, soit à peine trois fois le budget du CHUV pour gérer l’ensemble de la santé mondiale! La Chine y contribue pour 19 millions de cotisations et 86 millions à titre de contribution volontaire. Les Etats-Unis versent respectivement 59 millions et 893 millions. A quoi s’ajoutent les milliards de la Fondation Bill Gates et du Fonds mondial. On voit tout de suite qui tient le couteau par le manche, sachant que les contributions volontaires sont à bien plaire et affectées selon les priorités du payeur. 

A la fin des années 1990, les Etats-Unis se sont ainsi opposés à la publication d’un rapport sur le cannabis qui aurait pu menacer leur politique d’ingérence en Amérique du Sud sous couvert de lutte contre le narcotrafic. En 2003, c’est au tour d’un rapport sur les méfaits du sucre d’être violemment combattu par les multinationales américaines. Il faudra 15 ans de luttes pour faire ré-émerger le problème. A la même époque, les Etats-Unis s’opposent vigoureusement à une tentative de mettre de la transparence dans les ONG et pseudo-ONG qui mènent un lobbyisme effréné auprès d’elle. La Suédoise en charge du dossier finira par jeter l’éponge sans résultat. Quant à Margaret Chan, directrice de 2007 à 2017, elle n’a pas été surnommé la Chinoise Canada Dry pour rien: née à Hong Kong et de nationalité canadienne, elle n’a donc pas influencé l’OMS en faveur de la Chine malgré son nom… Après le regretté Hafdan Mahler, directeur jusqu’en 1988, l’OMS est devenue un jouet des pays riches (cf. l’excellente enquête d’Arte à ce sujet). Mais il est vrai que depuis 2017, avec l’Ethiopien Tedros à sa tête, l’OMS tient davantage compte des intérêts des 80% de la population mondiale non-occidentale et que cela peut gêner certains. 

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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