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VIGOUSSE / ENVIRONNEMENT

Ecolo juste ce qu’il faut

A gir pour l’environnement, ce n’est pas toujours facile. Mais heureusement, il y a pire!

Sebastian Dieguez


En faites-vous assez pour la planète? Attention, c’est une question piégeuse. Y répondre revient essentiellement à déterminer si vous êtes une personne morale ou non, une ordure ou un saint en somme. Plus qu’une science traitant de la connaissance de notre environnement naturel et des écosystèmes, l’écologie relève aujourd’hui largement, et de plus en plus, de l’éthique et de la politique, avec des conséquences qu’on mesure encore assez mal. 

Comment savoir, en effet, si vous êtes une ordure ou un saint? Vous recyclez consciencieusement vos déchets, vous coupez l’eau en vous brossant les dents et vous êtes devenu végétarien. Bravo! Mais pour diverses raisons parfaitement légitimes, vous ne pouvez décidément pas renoncer à la bagnole. Salaud!

Pointer les paradoxes entre les aspirations et les comportements de chacun est devenu le sport le plus simple au monde. Saviez-vous que ce grand donneur de leçons qu’est Nicolas Hulot, ancien ministre français de la transition écologique, a une collection de six voitures? Hypocrite! Quant aux jeunes qui dénoncent leurs aînés et les multinationales, n’ont-ils pas tous un iPhone dans leur poche? Et hop, démasqués ces faux-derches

Difficile, dans ces conditions, de réfléchir sereinement aux enjeux du dérèglement climatique. Le résultat est une compétition permanente pour savoir qui sera le plus vertueux, avec les armes habituelles de la mauvaise foi, de la grandiloquence morale et de l’opprobre. Une démonstration amusante de cet état de fait vient d’être fournie par le psychologue Magnus Bergquist, de l’Université de Göteborg en Suède1. Sa découverte est très simple: en interrogeant plus de 4000 personnes, il a constaté que la majorité se considérait comme plus «écologique» que les autres… Pas besoin d’être un grand expert en statistiques pour comprendre qu’il y a comme un petit problème: si tout le monde est mieux que les autres, il ne reste personne pour être pire. La trouvaille n’a rien de surprenant, les psychologues connaissent l’«effet mieux que la moyenne» depuis les années 1970. A strictement parler, il faudrait plutôt dire la médiane (la valeur qui coupe un ensemble en deux parties égales), vu qu’il est possible qu’une forte majorité soit au-dessus de la moyenne (le chercheur Shane Frederick a donné l’exemple le plus mémorable: plus de 99 % de la population a plus de jambes que la moyenne). Mais en gros, il est tout de même suspect qu’entre 70 % et 85 % des gens pensent mieux conduire, ou se croient plus honnêtes, originaux, sympas et malins que la moyenne. C’est donc aussi le cas pour les comportements écologiques: quasiment personne ne se place au-dessous de la moyenne. 

Ce biais pourrait bien avoir une influence sur les attitudes et les débats actuels, et donc sur nos chances d’échapper à l’effondrement tant redouté. Bergquist a constaté que la croyance qu’on est plus écolo que «les autres» était associée à une modeste diminution des intentions d’agir pour le climat, mais ce n’était pas l’objet principal de sa recherche. D’autres études plus poussées devraient s’intéresser de plus près à cette possibilité. Car s’il y a tellement pire que nous, n’est-ce pas aux autres de se bouger un peu le cul? Et si tout le monde est pire que tout le monde, n’est-ce pas à tout le monde, c’est-à-dire à personne, de faire un effort? Allons, que ceux qui n’ont jamais été sponsorisés par Credit Suisse jettent la première pierre!


1«Most people think they are more pro-environmental than others : a demonstration of the better-than-average effect in perceived pro environmental behavioral engagement», M. Bergquist, Basic and Applied Social Psychology, vol. 42, pp. 50-61, 2020.


Cet article a été publié dans le numéro 433 (24 janvier 2020) de Vigousse

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