keyboard_arrow_left Retour
ACTUEL / Cryptomonnaie et Blockchain

Dégonflement de la cryptobulle et expansion de la Blockchain

L es cours aussi frissonnants que débridés des cryptomonnaies gardent le suspens dans la sphère économique depuis le début des années 2010. Les niveaux du Bitcoin, Ether, Ripple et d’autres devises 2.0 ont connu des envolées époustouflantes, franchissant des barres de plus en plus hautes, et des chutes tout aussi impressionnantes. Alors que les technologies se perfectionnent, le marché semble aujourd’hui plus réticent aux croissances x1000, connues précédemment.

Avec un pic durant la période hivernale de 2017-2018, les deux principales cryptodevises, Bitcoin (BTC) et Ether (ETH), connaissent aujourd’hui une baisse de leurs cours. Débutant 2018 respectivement à 14'112$ et 756$, le Bitcoin a connu depuis une chute de 53% (13 septembre à 6’517$), alors que l’Ether a perdu 72% (13 septembre à 211$). Sur une vision à plus long terme, ces prix sont supérieurs au cours des années précédentes, mais d’après Vitalik Buterin, cofondateur d’Etherium, une croissance x1000 n’est plus possible dans ce secteur. Dans une interview accordée à Bloomberg durant la conférence Ethereum Industry Summit à Hong Kong le 8 septembre 2018, il a notamment mentionné les limites de la stratégie actuellement exploitée par les cryptodevises: «La croissance du Bitcoin et des autres cryptomonnaies au cours des six ou sept premières années dépendait du marketing et des tentatives d’expansion de leur adoption; cette stratégie s’approche de l’impasse». Ses propos ont abouti à un effet négatif sur le cours de l’Ether, mais ont également permis de constater que le plafond de l’espace blockchain (technologie utilisée par les cryptomonnaies) a été atteint: «Aujourd’hui, si vous parlez à une personne instruite, elle a probablement déjà entendu parler de la blockchain au moins une fois». 

Pour Vitalik Buterin, la prochaine étape serait donc d’aller au-delà de la promotion de cette technologie pour se concentrer l’engagement des utilisateurs: «Passer des personnes juste intéressées, aux applications concrètes de l’activité économique réelle».

Autres utilisations de la Blockchain

Apparue en 2008, la Blockchain, ou chaîne de blocs en français, est la technologie sous-jacente du Bitcoin, cryptomonnaie introduite par Satoshi Nakamoto. Si au début les deux éléments allaient indissociablement ensemble, les utilisations de la Blockchain intéressent de nouveaux secteurs. Décentralisée, sécurisée et pair-à-pair (peer-to-peer), cette technologie permet de stocker et de transmettre des informations d’une façon transparente. En d’autres termes, cette base électronique de données anonymes permet de sauvegarder toutes les transactions réalisées et de les partager à l’ensemble des utilisateurs.

Dans un contexte politique, Zoug a expérimenté cet été l’utilisation de la blockchain pour sécuriser le vote électronique et stocker les résultats d’une manière très fiable.

Ces différentes caractéristiques et son architecture décentralisée élargissent le spectre des utilisations de la Blockchain, bien au-delà des cryptomonnaies. D’après une étude publiée par PricewaterhouseCoopers (PwC), 75% des Suisses interrogés pensent utiliser les applications de cette technologie dans les trois prochaines années. Cette technologie peut être exploitée pour réduire les coûts de différents types de transferts d’actifs financiers. En tant que base de données, la chaîne de blocs est utilisable pour avoir une meilleure traçabilité des actions antérieures. C’est justement cette sécurité que la société Everledger a décidé d’exploiter en développant un registre universel des diamants, permettant de renforcer leur protection et lutter contre et la fraude et le vol.

Dans un contexte politique, Zoug a expérimenté cet été l’utilisation de la blockchain pour sécuriser le vote électronique et stocker les résultats d’une manière très fiable. L’usage de la blockchain est également très intéressant pour garantir l’exécution automatique des clauses d’un smart contract (contrat intelligent). Programmé à l’avance, il déclencherait une action si une situation spécifique devait arriver, comme le remboursement aux passagers en cas d’annulation d’un train, par exemple. Axa a d’ailleurs déjà lancé ce type d’offre avec Fizzy, «une plateforme d’assurance paramétrique 100% automatisée, 100% sécurisée», qui utilise les smart contracts de la blockchain Ethereum pour rembourser les passagers aériens en cas de retard.

D’autres entreprises ont également manifesté leur intérêt pour cette technologie, notamment les CFF, BNP Paribas, Cap Gemini, Microsoft et Swisscom. Toutes ces compagnies étaient présentes durant la Crypto Valley Conference on Blockchain Technology. Cette première grande conférence suisse sur le domaine s’est déroulée dans la ville de Zoug en juin 2018. Réunissant plus de 800 participants et pas moins de quarante intervenants, elle a permis de faire le point sur l’état du secteur et de donner des pistes pour l’évolution future.

Si le temps des expansions fulgurantes des cryptomonnaies semble révolu, leur technologie sous-jacente dépasse aujourd’hui le domaine des monnaies 2.0, proposant des applications concrètes à d’autres secteurs. Dans une enquête menée par PwC, les 600 cadres interrogés ont recensé les domaines les plus avancés dans la technologie, parmi lesquels figurent les services financiers (46%), l’industrie (12%), l’énergie (12%) et la santé (12%). Le centre géographique de la blockchain est également en plein déplacement. Historiquement, les Etats-Unis et l’Europe étaient considérés comme leaders de cette technologie, mais, selon un sondage de PwC, cette tendance va se renverser dans les années futures, et 30% des cadres interrogés pensent que la Chine va dominer ce secteur. Ainsi, ce changement de pôle central pourrait toucher davantage les secteurs mis en avant dans le «Livre Blanc», normes nationales chinoises pour la technologie Blockchain, tels que la finance ou le Smart Manufacturing (digitalisation des étapes de la production).



Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR