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Coupe du monde 2018

C’est beau le sport. Mais moche sur la Toile.

L e plus grand spectacle du monde de ces jours a passionné, intéressé même les moins sportifs. Mais le déferlement des commentaires haineux sur les réseaux sociaux donne le vertige. Entre la fierté nationale et le chauvinisme dingue, il n’y a qu’un pas.

La palme de la détestation, c’est Mélenchon et ses copains de la France insoumise qui l’ont décrochée dès le début du Mundial, quand l’Allemagne a été sortie. «Joie pure, la Mannschaft est éliminée», tweetait le rhéteur de l’extrême-gauche. Et un de ses potes: «Merci aux Coréens. Dégageons Angela Merkel pour venger les peuples européens». Un autre, dans un raisonnement alambiqué: «On finit toujours par payer ses excédents budgétaires».

Du côté des Balkans, il paraît que les tweets s’échauffent aussi. Avec les Serbes outrés du geste de l’aigle par deux des joueurs kosovars de l’équipe suisse. Avec leur peur de voir la Croatie, la vieille sœur ennemie, enflammer son nationalisme après son succès. Les cicatrices de la guerre yougoslave sont encore plus que sensibles. Quand le tennisman serbe Novak Djokovic, une idole chez lui, a affiché son soutien aux Croates, un député du parti de centre droit au pouvoir, Vladimir Djukanovic, l'a traité d'«idiot»: «Soutenir la Croatie, comment n'a-t-il pas honte? Tant de Serbes de la Krajina (région de Croatie où les Serbes étaient majoritaires avant la guerre) l'ont soutenu et lui soutient le pays qui les a chassés...».

Cette allergie romande à la France est loin d'atteindre tout le monde, bien sûr, mais ses éruptions sont inquiétantes.

Les Suisses romands ne sont pas en reste. Il y eut sur Facebook un déferlement de propos anti-français assez répugnants. «Chier, les frouzes sont en finale». «On va en prendre pour vingt ans de gloriole». Avant l’élimination de la Grande-Bretagne: «Il n’y a que l’Angleterre ou Daesh pour nous éviter ça!» Cette allergie romande à la France est loin d'atteindre tout le monde, bien sûr, mais ses éruptions sont inquiétantes. Insulter les voisins, exécrer l’Union européenne, cela mène où? A la bêtise sans doute. A l'enfermement provincial. A pire peut-être.

Les Français, eux, ont des raisons de jubiler et ils expriment leur joie avec des accents, notamment chez leurs commentateurs de télévision, qui peuvent paraître démesurés. Mais dans l'euphorie, ils n’attaquent plus trop les autres. Comme ils l'avaient fait avec les Allemands et les Britanniques. «Que n'importe qui gagne, mais pas les Anglais, je les déteste!» disait un fêtard au micro de France-inter. Et les Belges! Trouvé avant le match avec la Belgique: «Que les Français écrasent les bouffeurs de frites et de moules mal cuites».  Quant aux Croates, à la veille de la finale, ils n'ont pas à s'inquiéter des commentaires français: on connaît leurs formidables footballeurs mais guère leur pays. 

Ouf, c’est bientôt fini. Mais la fange chauvine traînera encore sur le net. On peut la voir comme un exutoire qui empêche les haineux de passer à l’acte. Peut-être. Surtout comme le révélateur d’une Europe menacée, dans ses sombres replis, par les antagonismes d’antan.




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