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A VIF / «Girl from the Fog Machine Factory» à Vidy

Les trois fois rien de Thomas Luz

U n spectacle avec presque rien, «Girl from the Fog Machine Factory» du musicien metteur-en-scène zurichois, Thomas Luz, est d’une irrésistible fraicheur. A l’instar de l’Arte Povera des années soixante, il invente un «teatro povero» avec trois fois rien.

Le cadre

Sans intrigue, sans décor, sans paroles et sans vedettes, la pièce se déroule dans une fabrique de machines à brouillards qui peine à survivre. Les inventions des machines fumigènes étonnent et enchantent, mais ne font plus vivre ce petit monde.

Pendant que le directeur de l’usine esquive ses créanciers, les travailleurs s’échinent à produire des effets encore plus spectaculaires, encore plus inutiles. Pour aider à payer le loyer, un quatuor à cordes s’installe sur les lieux.

Nuages

Délicieuse fable de la vie moderne, les nuages créés sur scène sont autant de fabrications qui s’évaporent, comme nos données dans les «clouds». L’eau et l’air assurent les premiers rôles et nous assistons, comme des enfants, à l’invention de l’éphémère. Au final, tout repose sur du vent, y compris les chorégraphies délicieuses, mais un peu longues, des machines à vent et à vapeur.

La musique

«La pièce est pensée musicalement», nous apprennent les interprètes.

La musique du quatuor devient la toile de fond sur laquelle se greffe l’action des comédiens-chanteurs-musiciens, elle en devient le décor. Comme Thomas Luz est le chanteur et guitariste du groupe My Heart Belongs To Cecilia Winter, on reste dans le registre romantico-déjanté.

Thomas Luz a déjà présenté à Vidy When I die et Unusual Weather Phenomena Project, deux autres œuvres poétiques qui flirtent avec l’absurde.

Dans Girl from the Fog Machine Factory la musique de Poulenc donne corps aux nuages qui se dissolvent dans le temps, comme la musique.


Vidy, 16 au 19 janvier 2019. Le spectacle est «Sans paroles, sous-titré en français». Cela ne s’invente pas!


«Sur le bureau du patron de l’usine de brouillard, la Conférence sur le rien de John Cage et les Nuées d’Aristophane côtoient la Recherche du temps perdu de Proust et la prose pratique et philosophique de Maurice Maeterlinck, les livres illustrés d’Andreas Züst, les études de Hegel sur l’idée absolue et le petit volume des discours et entretiens de Roman Signer ainsi qu’une fiche technique détaillant les dangers de la manipulation de l’air liquide. Ces livres renvoient aux différents champs thématiques qui ont présidé à la genèse de l’œuvre. Il s’agit, comme dans presque toutes mes pièces, de la question de ce pourquoi la vie vaut la peine d’être vécue, de comment on peut faire advenir des miracles et de comment on console des êtres inconsolables».

Extrait du programme, Thomas Luz



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