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Histoire / Jean-Pierre Moulin a cent ans, grand passeur entre Lausanne et Paris


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Qui s’intéresse à la relation entre la Suisse romande et la France ne peut ignorer la trajectoire de ce journaliste, écrivain et auteur de tant de chansons. Elle illustre, sur toute la seconde moitié du XXème siècle, ce voisinage si proche et si distant à la fois.



Le jeune lettreux vaudois, déjà amoureux de la chanson, est envoyé à Paris en 1946, à l’âge de 24 ans, par la Gazette de Lausanne. Le rêve de tous les intellectuels et artistes qui s’étaient trouvés confinés au pays pendant la guerre. Moulin y restera longtemps et y vit encore. Mais il resta toujours attaché au lac, à ce bout de la Suisse. En 1953, Charles Apothéloz crée l’inoubliable cabaret des Faux Nez. Le journaliste devient auteur et metteur en scène, avec Armand Abplanalp et Franck Jotterand, il y crée un spectacle: «Mots et merveilles» où se révèle la chanteuse Béatrice Moulin, sa sœur. Un producteur français y assiste et invite toute la troupe à se produire dans le haut-lieu de la chanson à Paris, les Trois Baudets. Où elle occupe la petite scène pendant six mois. Aux côtés de Brassens, Brel et d’autres futures stars. Dont Philippe Clay qui fera un tube avec «Le danseur de Charleston», écrite par Moulin. Sur cette lancée, celui-ci sera aussi reconnu et interprété notamment par Sacha Distel, Serge Reggiani, Felix Marten et Edith Piaf qui jouera avec «le petit Suisse» la Pygmalion sarcastique.

La vague yéyé et tout ce qui a suivi ont balayé ce chapitre de la chanson française qui n’est cependant pas près de disparaître des mémoires. 

Et la politique? Jean-Pierre Moulin, comme d’autres correspondants romands à Paris, s’est trouvé en porte à faux avec ses collègues français pendant les décennies de la décolonisation. Il note cependant que jamais les autorités ne lui ont reproché ses sympathies pour la marche vers les indépendances. Il n’a jamais pris le passeport français, il dit se sentir d’ici et de là, citoyen européen. Mais à jamais uni à la France par la culture, par la langue dont il est manifestement amoureux, qu’il soigne, aujourd’hui comme hier, avec une élégance, une sobriété, un délié séduisants. Sans jamais une pose narcissique, avec le sourire, un brin d’autodérision. Quel contraste avec le parler souvent bâclé de tant de causeurs audiovisuels actuels…

Ces quelques lignes ne sont qu’un salut amical à une grande figure du paysage romand. Pour son centième anniversaire qu’il fête sans excès de nostalgie, cela ne conviendrait pas à son style. Qui aimerait en savoir plus peut voir son «Plan fixe», tourné il y a vingt ans, le conteur n’a pas pris une ride.

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