Média indocile – nouvelle formule

# 12 août 2022

semaine n°32

Analyse

Voir la guerre en face

Jacques Pilet

Le rapport de Amnesty international sur la mise en danger des civils par les combattants ukrainiens passe mal à Kiev et chez les Occidentaux, trop bien à Moscou. Sur le fond il n’est pas contesté. Mais on entend qu’il ne fallait rien dire de ces agissements pour ne pas jeter une ombre sur le pouvoir ukrainien. Plusieurs journaux n’ont d’ailleurs pas publié le communiqué dérangeant à sa sortie et n’ont fait place qu’aux protestations. Problème: les pays occidentaux affirment qu’en soutenant l’Ukraine, ils soutiennent la démocratie en Europe. Très bien, mais si cette croisade pour la liberté amène à faire taire des faits… quelque chose cloche.

La question mérite réflexion: faut-il voir la guerre en face sous tous ses aspects ou cadrer le regard en fonction de nos convictions? Il est possible de prendre parti, condamnant en l’occurence l’invasion russe en Ukraine, et à la fois considérer les atteintes au droit dans le camp «ami». Or dans le cas soulevé par Amnesty international, il est certain que placer des soldats dans les logements civils, les écoles et les hôpitaux, attirant ainsi le feu sur la population désarmée, c’est une atteinte au droit de la guerre. Il y en a certes de l’autre côté et le même organisme les a dénoncées. Les responsables maintiennent leurs informations, d’ailleurs confirmés par un récent reportage sur place de France Info, mais ils ont regretté d’avoir blessé ainsi une part de l’opinion publique ukrainienne. Bernard-Henri Lévy trouve la publication de ce rapport «ignoble». Il ajoute: «Comme si on avait, en 1944, accusé les résistants de se battre dans Paris». Parallèle absurde. On pourrait en faire un autre. Lorsque les Britanniques ont bombardé Le Havre et plusieurs autres villes françaises en 1944, quasiment sans impact sur les positions allemandes mais causant des milliers de morts dans la population civile, a-t-on le droit d’en parler? Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Crises énergétiques... »

Un dessin Valott