Média indocile – nouvelle formule

# 5 août 2022

semaine n°31

Actuel

IVG, raisons et passions

Paulina Dalmayer

Plus divisés que jamais sur les questions de société, à commencer par l’accès à l’IVG, les Etats-Unis nous incitent à réfléchir sur le désenchantement des Lumières et sur ce que certains dénoncent comme le fondamentalisme des droits humains. Des deux côtés de la barricade, ce n’est plus la raison mais les passions qui prennent le dessus.

Passés stupeur et tremblements, s’il n’y a pas lieu d’évoquer l’hystérie, la décision de la Cour suprême américaine d’abolir l’arrêt Roe vs. Wade et de laisser à chaque Etat le droit de fixer ses propres règles en matière d’avortement, oblige les esprits éclairés à reconnaître leurs mirages. On aimerait tant que la Terre ne soit pas plate, hélas, par endroits elle l’est. L’accès à l’IVG, a fortiori sur simple demande et sans restriction, reste principalement l’apanage des démocraties occidentales. La plupart des pays en voie de développement l’interdit, allant, dans certains coins les plus charmants du monde, jusqu’à la qualifier d’homicide aggravé, comme c’est le cas au Salvador. Qui s’en émeut? Pourquoi autant s’indigner de la position des juges américains alors qu’en Europe non plus, on n’échappe pas aux rigorismes barbares, que ce soit en Pologne, à Malte ou en Andorre? De facto, l’affreusement conservatrice Cour suprême américaine a fait sienne l’attitude de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui se décharge sur les Etats-membres de l’UE de la tâche de définir légalement le statut de l’homme avant sa naissance et de le protéger, ou pas. En conséquence, la législation européenne ne sanctifie aucun droit à l’avortement, sans toutefois s’y opposer. Clairement, l’interdiction de l’avortement ne viole pas la Convention européenne. Pis, la CEDH a précisé à plusieurs reprises que l’article 8 de la Convention européenne relatif au droit à la vie privée et familiale, à son respect et à sa protection, ne saurait en aucun cas s’interpréter comme un droit à l’avortement. Or c’est précisément au nom de la protection de la vie privée, garantie par la Constitution américaine, que la Cour suprême a tranché en faveur de Jane Roe, en 1973, offrant in fine l’accès à l’avortement à toutes les Américaines. Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Les glaciers fondent »

Un dessin Tony Marchand