Média indocile – nouvelle formule

# 6 mai 2022

semaine n°18

Actuel

La montée des passions guerrières

Jacques Pilet

Le sage penseur Edgar Morin, du haut de ses cent ans, tweetait l’autre jour: «Nous savons depuis 1914 qu’une guerre mondiale peut éclater sans que personne ne l’ait voulue.» Avant d’ajouter: «La terrible escalade de morts et de mots ne peut, si elle continue, que conduire à l’irrémédiable. L’urgence est de cesser le feu, non de souffler sur le feu.» D’où notre réflexion.

Un cessez-le-feu? Un mois après le début de la folle agression décidée par Poutine, Ukrainiens et Russes, à Istanbul, paraissaient y croire, ou du moins ne pas l’exclure. Ils esquissaient même un accord durable (on parlait de neutralité sous contrôle occidental, d’autonomie pour le Donbass, de renvoi pour quinze ans sur le statut de la Crimée). Les deux délégations donnaient des signaux prudemment positifs. Et soudain, rupture. Le terme-même de négociations a disparu des innombrables interventions du président Zelensky. Que s’est-il passé? On le sait maintenant. Les puissants tuteurs de Kiev, les Américains, ont poussé à prolonger la guerre coûte que coûte pour «affaiblir la Russie» (Lloyd Austin, secrétaire d’Etat à la Défense, dixit). Depuis lors l’escalade verbale s’emballe. Biden traite Poutine de tous les noms («cruel», «dépravé», «génocidaire»…), au point qu’il doit parfois rétropédaler le lendemain. Les médias suivent, en rajoutent, les discours ne sont plus seulement indignés mais haineux. C’est une tempête verbale qui souffle vers la Russie en tant que telle. En face, le Kremlin pèse davantage les mots mais s’emballe aussi, durcit le discours, brandit la menace du pire et bien sûr, tente, sans grand succès, de poursuivre son offensive. Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Elon Musk rachète Twitter »

Un dessin Tony Marchand