Média indocile – nouvelle formule

# 25 mars 2022

semaine n°12

Actuel

Les blessures profondes de la France

Jacques Pilet

L’épouvantable guerre d’Ukraine éclipse tous les autres sujets internationaux. Pas grand monde, en Suisse - mais en France aussi! - n’a le cœur à se passionner pour l’élection présidentielle dans ce pays. Celui-ci reste pourtant une pièce fondamentale de l’Europe si durement mise au défi. Il vaut donc la peine de se pencher sur elle. Au-delà des discours affligeants de la campagne. En profondeur. C’est ce qu’a fait Richard Werly, correspondant du «Temps», dans un exercice journalistique original et troublant. Il publie «La France contre elle-même» (Grasset). Avec ce sous-titre inattendu: «De la démarcation de 1940 aux fractures d’aujourd’hui».

Pour ce faire, Werly n’a pas couru les think tanks et les états-majors de partis à Paris. Il a sillonné le terrain, des mois durant, le long de la ligne (1'200 km de la frontière suisse à l’Espagne) qui séparait la France occupée et la «zone libre», entre juin 1940 et mars 1943. Au lendemain de la défaite de juin 1940, la France se trouvait cassée, humiliée, épuisée. Elle sut pourtant, dans les décennies qui suivirent la fin de la guerre, se redresser et s’affirmer. Comment? Par la force des messages politiques? En partie, pas seulement. Par «l’héroïsme» aussi des petites gens, du peuple anonyme qui se mit au travail pour survivre, repartir, trouver enfin un certain confort. Sera-ce possible, une fois encore, dans cette France prise aujourd’hui pour une grande part dans le vertige du déclin, de la colère et de la haine? Richard Werly était l’autre jour désigné par l’ambassadeur de Suisse à Paris comme «le plus suisse des Français et le plus français des Suisses», honoré en l’occurence par la médaille de «chevalier des Arts et Lettres». Cette double appartenance, familiale et professionnelle, lui a permis d’aborder les états d’âme de nos voisins avec à la fois recul et intime proximité, avec une empathie qui l’a fait plonger au cœur des drames et des espoirs. De petites villes en villages, sur cette ligne de démarcation près de laquelle il passa son enfance, Werly a écouté les élus locaux, les attablés des cafés, les passants plus prompts à parler d’eux que les Parisiens fixés sur leur portable. Et le tableau est sombre. Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« La démocratie, c'est facile »

Un dessin Tony Marchand