Média indocile – nouvelle formule

# 20 août 2021

semaine n°33

Actuel

L’Occident aveuglé

Jacques Pilet

Les images parvenues de Kaboul ces derniers jours sont bouleversantes. Des vagues d’émotion nous ont envahis: effroi, empathie, colère. Elles retombent déjà. Le moulin des frayeurs tourne vite. Et puis Kaboul, c’est loin. Croit-on. Il n’empêche que ce 15 août marqué par la victoire des talibans entre dans l’histoire. Avec un cruel constat: les Occidentaux, Américains en tête, n’ont pas compris ce qui se passait dans les profondeurs de ce pays et le paient cher. Et ailleurs? Comprennent-ils?

La caricature de cet aveuglement, c’est le président Joe Biden qui l’a fournie tout récemment. Le 8 juillet 2021, alors que les rebelles s’étaient déjà emparés d’une grande partie du pays, un journaliste lui demandait en conférence de presse si la victoire des talibans était inévitable. Réponse: «Non, pas du tout. L’armée afghane dispose de 300 000 hommes bien entraînés et bien équipés ainsi que de forces aériennes. Face à environ 75 000 combattants. La défaite du gouvernement n’est pas inévitable.» Mais les erreurs d’appréciation s’accumulent depuis des années. Il y a vingt ans, la coalition occidentale partait en guerre contre les talibans qui avaient hébergé en Afghanistan et au Pakistan les responsables du 11 septembre sanglant à New York. Même les Suisses, en bons petits copains de l’OTAN, envoyèrent quelques hommes de 2004 à 2008. Mais à ce but initial, renverser le pouvoir des talibans, s’en ajouta un autre, fort noble, mais dont la difficulté fut sous-estimée: construire un Etat moderne, libéré de l’islam extrémiste. Là, le souvenir de l’histoire aurait dû nous mettre en garde.  Après la chute de la monarchie, l’instauration de la république, dès 1978 des élites afghanes dites socialistes et prosoviétiques voulurent aussi entrer dans la modernité laïque. Elles y parvinrent pour une part. Les femmes étaient libérées, l’école obligatoire, pour les filles aussi. Le divorce devait être autorisé. Mais la résistance au changement dans les campagnes fut considérable, la colère y grondait et ouvrit la voie au retour des islamistes. L’intervention militaire soviétique pour soutenir le gouvernement de Kaboul tourna au désastre. Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Une solution au réchauffement climatique? »

Un dessin Tony Marchand