Média indocile – nouvelle formule

# 18 juin 2021

semaine n°24

Actuel

Le Parlement veut tenir les journalistes en laisse. Un exemple.

Jacques Pilet

Le Conseil des Etats s’est prononcé par 30 voix contre 12 pour une modification de la loi. Il sera désormais plus facile de recourir à un juge pour interdire la parution d’un article dérangeant. L’inquiétude de la profession, de Reporters sans frontières et de nombreux juristes n’a pas été prise en compte. Pas plus que l’opinion de la conseillère fédérale Keller-Suter, opposée au changement. Dès lors toute personne qui se sait mise en cause par une information en préparation peut bénéficier plus facilement d’une «mesure provisionnelle», d’une censure préalable, avant même la publication. Sans même que la défense soit entendue par le juge qui ordonne le blocage. Le tribunal examine ensuite le cas sur le fond et tranche, plusieurs mois après.

Cette incroyable limitation de la liberté de presse n’existe dans aucun pays démocratique. Elle était prévue aux Etats-Unis mais la Cour suprême a jugé de telles mesures contraires à la Constitution et les a abolies en 1971. Reste l’espoir que le Conseil national refusera d’aggraver encore la situation actuelle. Les parlementaires qui ont voulu ce durcissement se justifient en arguant de la protection de tout un chacun. En réalité, la plupart des demandes de censure émanent de personnalités riches et puissantes, soucieuses de rester dans l’ombre. Les avocats spécialisés se frottent les mains et se montrent de plus en zélés à ce chapitre. Ariane Dayer, directrice des rédactions de TA Media, confiait à la RTS que ses journaux connaissent plusieurs interventions de la sorte par mois. Lire la suite...


Le dessin de la semaine

« Mobilité douce (rediffusion) »

Un dessin Matthias Rihs