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CULTURE / Punk

Hey! Ho! Let's Go! La vie des Ramones en BD

L es Editions Futuropolis publient une biographie dessinée du célèbre groupe new-yorkais: «One, two, three, four Ramones». Au fil d'une huitantaine de pages électrisantes, que complète un dossier de notes et anecdotes fouillé, le lecteur est amené à suivre le parcours accidenté d'une des formations les plus essentielles du mouvement punk, active de 1974 à 1996.


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Le tumultueux parcours des Ramones a été fait d'interminables galères, d'abus de drogues et de suspicion de prostitution masculine, notamment. Comment la biographie bande-dessinesque publiée par Futuropolis, One, two, three, four Ramones, allait-elle traiter ça? En édulcorant les frasques des quatre faux frères new-yorkais (Ramone est un pseudonyme commun, pas un nom de famille, ndlr), pour les dépeindre au final comme un gentillet boys-band en perfecto? Pas du tout!

Les scénaristes, Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt, à la solide formation journalistique, ont concocté un récit bien documenté mais fluide, qui se lit aussi agréablement que le meilleur des romans de gare.

Improbable galerie de portraits

Bien que principalement centré sur les mésaventures tout autant que le ressenti de Dee Dee Ramone, le bassiste originel, à l'enfance malheureuse et traumatisante, le scénario n'oublie pas les autres membres de la formation − Joey, Johnny et Tommy d'abord, Marky, Richie et CJ ensuite − ni les singulières figures qui traînèrent avec eux. Au long des pages, on voit défiler la plupart de ceux qui ont croisé la route des quatre gaillards, de la sémillante Debbie Harry, chanteuse de Blondie, à Sid Vicious, pas encore bassiste des Sex Pistols mais déjà clone de Dee Dee. Même Jonathan, le fameux chien d'Hilly Kristal, entré dans l'histoire de la musique (gloire toute relative!) pour avoir passé son temps à déféquer quotidiennement et un peu partout à l'intérieur du club CBGB, centre névralgique de l'alors naissante scène punk new-yorkaise, n’est pas oublié.

On peut aussi noter l'apparition des membres de Clash ou encore la présence de Phil Spector, ainsi que celle de la groupie toxique Connie Gripp, notoire inspiratrice du Glad to see you go qui ouvre le second album des Ramones: Leave Home.

Secoués du cocotier

La vie des Ramones est ainsi faite d’un fatras de personnages secoués du cocotier et de situations oscillant entre le sordide et l'hilarant − comme lors du pétage de plombs de Dee Dee, dans sa chambre du Chelsea hotel. Il aurait été aisé de s’y perdre, mais le duo de scénaristes a sus conférer à tout ça une appréciable unité dramatique, par le recours à une efficace construction en flashback.

Les fragments rapportés de la douloureuse enfance germanique du bassiste éclairent souvent, sans toutefois la justifier, sa dérive autodestructrice, tandis que les moments de paix relative qu'a connu Dee Dee à la fin de sa vie, en compagnie de sa femme Barbara, allègent un peu sa glaçante descente aux enfers du temps des Ramones.

Gris pisseux

Côté dessin, Eric Cartier a adopté un gris pisseux, presque aussi sale (c'est évidemment à prendre comme un compliment!) qu'une nauséabonde ruelle du Bowery à la fin des années 1970. Son choix ne découlant pas d'une volonté de réalisme, il a conservé cette ambiance glauque de la première à la dernière page, que l'action se déroule sous le brûlant soleil d'Amérique latine, dans l'Allemagne dévastée de l'après Seconde Guerre mondiale ou dans les quartiers mal famés de la Grosse Pomme.

Cette homogénéité du trait achève de donner son style à cet album percutant, qui conte la vie des Ramones comme une seule, gigantesque et éreintante tournée dont l'issue, quoique connue d'avance, n'en reste pas moins tragique et émouvante.

D’autant plus que le récit n'édulcore rien de l'existence chaotique de cette poignée de losers névrotiques, tantôt touchants, en raison de leurs troubles psychologiques ou de leur passé difficile, tantôt odieux pour leur mesquinerie ou leurs caprices, parfois d'une connerie absolument phénoménale − Johnny Ramone, le guitariste, fervent républicain et fan avoué de Ronald Reagan, ne ressort pas grandi de l'exercice.

Sans ainsi rien cacher des travers des Ramones, les trois auteurs font néanmoins preuve d'une aussi indubitable que réjouissante empathie à l'égard du groupe et de la bande de paumés, fidèles reflets de leur génération, qui gravitaient autour d'eux.

Les sauveurs du rock

Le mythique homme de radio John Peel a affirmé que les Ramones avaient «sauvé le Rock & Roll». A une époque où les dinosaures du genre s'endormaient sur leurs lauriers, ne produisant plus qu'une musique sans âme ni urgence, les Ramones, eux, de 1974 à 1996, assumant leur flagrant manque de technique et affichant leur envie d'en découdre, brisèrent nombre de tabous et redonnèrent une seconde jeunesse au genre. De plus, par la simplicité et la rapidité d'exécution de leurs morceaux, par la teneur à la fois drôle et scabreuse de leurs paroles, aux thèmes éminemment urbains, ils contribuèrent de manière décisive à façonner ce qui deviendra rapidement l'esthétique punk. Une des dernières, si ce n'est même carrément l'ultime, grande révolution culturelle du vingtième siècle.


One, two, three, four Ramones, Bruno Cadène et Xavier Bétaucourt (scénario), Eric Cartier (dessins), Ed. Futuropolis


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