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CHRONIQUE / Tout va bien

Veux-je m'épouser?

U n rendez-vous hebdomadaire pour raconter comment le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît le samedi dans 24 heures.

A l’orée de l’automne, Laura Mesi, coach sportive en Lombardie, s’est mariée avec elle-même. Robe blanche, bouquet, gâteau à étages et septante invités. Facebook a phosphoré, les photographes ont afflué. Et, grâce à cette pionnière sur sol italien, beaucoup de lecteurs/internautes ont découvert, ébahis, le phénomène de l’union sologame, amorcé il y a vingt ans. Où ça? En Californie, merci.

J’ai réagi, je crois, comme la plupart de ces lecteurs/internautes: j’ai oscillé entre l’hilarité et la consternation. Ça ne peut pas être vrai, me suis-je dit, ça ressemble trop à une trouvaille d’auteur dans un roman d’anticipation: «Et c’est ainsi qu’au vingt-et-unième siècle, les habitants de la planète terre, après avoir mis toute leur énergie à prendre soin d’eux-mêmes, à s’explorer eux-mêmes et à se photographier eux-mêmes, entreprirent de s’épouser eux-mêmes.» La suite, taillée à vif dans une langue amère, offrirait la description d’une société atteinte d’addiction narcissique et s’enfonçant inexorablement dans une cliquante décadence.

Mais tant de pessimisme est-il justifié? Tâchons de considérer la sologamie avec moins de sévérité. Après tout, il ne s’agit peut-être pas d’un rendez-vous purement nombriliste du même avec le même. Mais bien de la réconciliation des autres cohabitant dans une seule personne. Tenez: si Ignazio Cassis s’était marié avec lui-même, il n’aurait pas eu besoin de renoncer à son passeport italien. Face au soupçon de duplicité identitaire, il aurait levé son verre à l’amour et à l’harmonie entre ses deux moitiés. Ça aurait eu plus de panache que la honteuse répudiation de l’une des deux.

Mais il n’y a pas qu’Ignazio Cassis. Comme je le rappelais ici même il y a quelques semaines, nous sommes tous des «bi». «Il y a deux filles en moi, susurrait Françoise Hardy, celle qui chante la joie et celle qui pleure tout bas.» Marions-les!

Une alternative créative à une banale thérapie

La plupart des mariés sologames sont des mariées: est-ce parce que les femmes cherchent plus activement l’harmonie intérieure? En tous cas, elles sont persuadées, comme disait l’autre, qu’elles le valent bien: Laura Mesi a dépensé 10'000 euros pour son mariage et encore, c’est sans calculer le prix du voyage de noces. Une des pionnières américaines du mouvement, Sasha Cogan, pense, elle aussi, qu’elles le valent bien: en tant que «coach de vie», elle encourage ses clientes à se demander leur propre main et leur fournit clés en mains un somptueux rituel. C’est un merveilleux moyen de booster l’estime de soi, explique-t-elle, une alternative créative à une banale thérapie. 

Mais les avantages du mariage sologame ne s’arrêtent pas là. Le blogueur Jeffery Dunetz en a trouvé un autre: «Un jour, les mères à travers le monde pourront être heureuses de voir que leur enfant s’est finalement installé avec quelqu’un qu’elles approuvent.» Oui: même couleur de peau, même religion, même milieu, bingo! 

Non, vraiment, chassons nos sombres pensées. Disons «oui» à l’avenir sologame.         

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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