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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Silence les mouettes! Les pianos et les enfants aussi!

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Vous revenez de Rome, Barcelone, ou d’une plage de la Costa Brava. Ou vous êtes à Rome, Barcelone ou sur une plage du sud. Vous apprenez en lisant le journal qu’en Suisse, dans votre pays, dans la ville où vous habitez, des commerçants se réjouissent parce qu’un container de jeux pour les enfants, modeste animation de quartier estivale avec toboggan et bac à sable, quittera suite à leurs plaintes leur voisinage immédiat pour s’installer dans le quartier voisin. Ils se réjouissent parce que le bruit des enfants étaient «insupportable», et qu’ils devaient «fermer les fenêtres». Vous apprenez que la même semaine, dans une autre ville de votre pays, de votre canton même, des habitants ont exigé le départ de pianos déposés durant quelques semaines en libre usage dans la rue. Malgré une «liberté» cantonnée à une horaire 11h-17h, ces habitants ne pouvaient notamment «pas entendre la télévision le matin».

Vous regardez la date du journal. Pas d’erreur: nous ne sommes pas le 1er avril mais au cœur de l’été. Vous relisez. Vous craignez de ne pas comprendre. Ou plutôt: vous avez peur de comprendre. Tout cela vous parait soudain très exotique. Habiteriez-vous chez les Martiens sans le savoir? Vous savez bien qu’Ailleurs n’est jamais mieux qu’Ici, mais soudain vous en doutez. Aurait-on en votre absence estivale interdit les enfants, les cris d’enfants, les bacs à sable, le piano, la musique, la Vie dans votre pays? Vous allez voir, pour comprendre, la petite place où le container pour jeux d’enfants avait été installé. Une boutique de mode, un tea-room, un salon de coiffure, une parfumerie. Rien à signaler. Normal. Tout est normal.

Lassitude? Diplomatie préventive? Lâcheté?

C’est cela qui vous donne envie de pleurer, soudain, sur cette petite place normale d’une ville normale du pays normal dans lequel vous vivez. Que cette monstruosité, cette folie, cette haine, soient née de toute cette normalité, et que tout le monde trouve normal que ces commerçants se réjouissent de voir les jeux pour enfants, et les pianos, disparaître de leur vue. Vous vous demandez pourquoi personne n’est venu faire un scandale sur cette place, hurler, mettre le feu. Vous vous souvenez que dans un village de campagne, à des nouveaux habitants qui se plaignaient des cloches des vaches, on n’avait dit qu’à la campagne, les vaches avec des cloches, c’était normal. Les vaches à la campagne, c’est normal, mais des bruits d’enfants au centre ville, ce n’est pas normal. Vous vous demandez pourquoi dans les deux cas, les jeux pour enfants et les pianos, les autorités de la ville ont obtempéré, basté, et non envoyé paître les aigris. Lassitude? Diplomatie préventive? Lâcheté? Vous reconnaissez bien ici le principe de la paix des ménages cher aux stratèges au long cours.

Mais c’est chez vous. Home, sweet home.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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