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La chronique d'Isabelle Falconnier

Seins nus, ou pas

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

La marque de lingerie féminine américaine Victoria's Secret est au bord de la faillite. J’ai passé une soirée entière à me disputer avec une amie à ce sujet. Impossible de se mettre d’accord: l’invention du soutien-gorge push-up Miracle Bra est-il une invention miracle permettant aux femmes de défier les lois de la pesanteur ou une pression supplémentaire sur leur physique? Les fameux Anges de la marque, ces mannequins stars triées sur le volet et appelées à faire partie du célébrissime défilé annuel, ces Anges qui possèdent une étoile sur le fameux Hollywood Walk of Fame, sont-elles des femmes puissantes qui mettent le monde à leurs pieds ou de simples paquets cadeaux en offrandes aux mâles par l’apparence alléchés? Faire fantasmer les hommes, objectif affiché du label, fait-il des femmes des dominantes ou des dominées?

Notre dispute de filles – heureusement adoucie par quelques cocktails de saison – est complètement représentative du problème que les femmes ont avec leur corps.

Plus précisément, que les femmes ont avec la représentation publique de leur corps. Vous avez remarqué? A chaque fois que l’on montre des seins ou des fesses, c’est un problème. Les exemples récents se multiplient: Migros détruit, fin mai, 60 000 sacs papier que l’entreprise avait elle-même commandés, sacs où figuraient des dessins ludiques et joyeux d’un chat et d’une femme nue en train de boire un café, manger une pizza ou batifoler. Prétexte: les dessins seraient «sexistes», alors même que c’est un collectif de trois artistes femmes zurichoises qui les avaient dessinées! Le 14 juin, lors de la grève féministe à Lausanne, un groupe de jeunes femmes se sont mises seins nus place de la Riponne pour attirer l’attention sur leur cause, en mode Femen, mais les mêmes ne supportent pas que les médias diffusent en première page des photos de leur action. Des célébrités comme Anouchka Delon posent seins nus sur la plage à l’occasion de la journée de l’océan le 8 juin, et diffusent les photos urbi et orbi, mais ce sont les mêmes qui attaquent n’importe quel magazine qui utilise une photo d’elles seins nus. La starlette de la série Riverdale Lili Reinhart poste le 29 juin un cliché d’elle seins nus avec le commentaire militant «Maintenant que mon sein a attiré votre attention, les meurtriers de Breonna Taylor n'ont pas été arrêtés. Demandez justice!», avant de retirer sa photo trois jours plus tard et de présenter des excuses pour avoir choqué en utilisant ses seins pour faire passer un message sérieux.

On ne sait ainsi même plus ce qui est politiquement correct: militer pour les Femen ou contre les seins nus par respect du corps de la femme? Montrer des seins nus à des enfants va-t-il leur apprendre la vie ou les traumatiser? Banaliser le corps de la femme passe-t-il par le montrer ou le cacher? Si banaliser le corps de la femme permet de le desérotiser, comment malgré tout garder la magie de l’érotisme et du désir?

Si l’on en croit le mouvement #FreeTheNipple, qui voit Madonna, Miley Cyrus, Bella Hadid ou Cara Delevingne montrer leurs tétons pour dénoncer la censure des réseaux sociaux à l’encontre des tétons féminins: pour libérer, il faut montrer. Vous savez ce qu’il vous reste à faire cet été. Tombez le haut, mais gardez le masque.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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