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La chronique d’Isabelle Falconnier

Photos d’enfance et tartes aux pommes? Régressons tous en chœur!

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

C’est le «défi» du moment: publier sur les réseaux sociaux une photo de soi enfant. Certes, ce défi n’est pas né avec le virus. Mais depuis le virus, c’est une épidémie - que dis-je, une véritable pandémie. Pas un utilisateur de Facebook ou d’Instagram qui soit épargné. Tous, jeunes, vieux, people, anonymes, intellos, sportifs, profs, bobos, sont touchés, et délivrent au monde des images de blondinets joufflus cul nul sur la plage, de nymphettes en pattes d’eph ou d’éphèbes rieurs qui ne savent pas qu’ils vont vieillir.

Je connais même des gens qui, trépignant d’impatience derrière leur ordinateur (et moi? et moi?), ont posté ces photographies sans avoir été mis au défi par quiconque. J’en vois aussi certains répondre, ou plutôt faire semblant de répondre, plusieurs fois au défi, histoire d’offrir au monde un véritable album photos de leurs jeunes années. Hommes ou femmes: tous et toutes sont touchés, car la nostalgie de la jeunesse n’est pas genrée, et cette déferlante visuelle ne relève pour une fois pas de la coquetterie féminine.

Seuls ceux qui ont pour habitude de se démarquer ouvertement de la populace – Recrosio, Fornelli, Sansonnens - indiquent «Défi refusé» pour faire les malins. (Mais que fera Quentin Mouron?) J’ai l’air d’ironiser, mais je suis admirative de la manière dont nous savons instinctivement ce qui est bon pour nous quand tout semble aller de travers.

Mis à part le fait que Facebook se transforme en paradis pour pédophiles softs, ce défi «photos d’enfance» est le meilleur remède que l’on puisse imaginer contre les dommages collatéraux du Coronavirus – angoisse, crises de nerfs et solitude. Il cumule toutes les qualités: à l’instar des photos de chatons qui inondent les réseaux, nos photos d’enfance sont garanties 100% mignonnes, et donc sans risque de se prendre en retour le moindre commentaire négatif.

Une photo d’enfance, ça ne se critique pas, contrairement à un avis politique ou même une photo de ton dernier repas. «Like» à foison et commentaires extatiques («Trop mignonne!», «Tu n’as pas changé!») font de cette opération narcissique et égocentrée un bain d’estime de soi bienvenu au moment où, enfermé avec son chat ou son conjoint qui, comme vous, se traine en pyjama toute la journée, on est privé du regard de ses collègues en arrivant au bureau. La jeunesse, sœur incestueuse de la nostalgie, est une valeur refuge: à 15 ans, on est tous beaux et pleins d’avenir, surtout vu depuis son demi-siècle et plus.

Ce défi accompagne de toute évidence la vague régressive dans laquelle nous plongeons pour mieux supporter ce confinement. Même le ministre de l’économie Guy Parmelin est obligé de nous rassurer en promettant qu’il y a assez d’œufs, de beurre et de farine pour que nous puissions continuer à faire des gâteaux dans nos cuisines transformées en fabriques à douceurs pour l’âme.

Cocon doux de l’enfance, roudoudous à tous les repas: le tout sera de savoir sortir de cette automédication de crise. Pour une fois, l’indigestion aura du bon.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

2 Commentaires

@Girofle 04.04.2020 | 19h12

«Enfin ! Merci Isabelle Falconnier d'avoir mis des mots sur mon ras-le-bol face à cette pandémie infantile. Je n'en pouvais plus. J'ai même pensé quitter FB. On a eu les chatons, les selfies "Voyez comme je ne vieillis pas), ceux "C'est moi qui l'ai cuisiné", mais là c'est trop. Quid d'une réflexion politique ou profonde sur l'état actuel de notre monde ? Sur l'avenir de cette crise ?»


@Clodal 05.04.2020 | 14h17

«Mais enfin ! C'est tellement simple d'ignorer FB (FacedeBouc) et d'avoir refusé de s'enrôler...»


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