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CHRONIQUE / Migraine

Les Pieds nickelés chez Nestlé, le petit Noir qui disait «merci» et ce qu'est vraiment Facebook

U n comptable a piqué dans la caisse de la multinationale veveysanne pour tout claquer en produits de luxe avant de se faire alpaguer et condamner. Enfant, il m’arrivait de garder pour moi l’argent de la quête et de le dépenser en bonbons. Tandis que Facebook capte les données numériques d’utilisateurs qui imaginent qu’il s’agit d’un réseau social.

Les escrocs sont plus intéressants que les multinationales et, à mes yeux, plus sympathiques. C’est peut-être dû à leur côté un peu bricoleur, plus Pieds Nickelés que Peter Brabeck. «Un ex-comptable dupait Nestlé via des expatriés fictifs», titre le quotidien 24 heures du 26 juin. Le gars a réussi à piquer 1,76 millions «en créant de faux profils d’expatriés dans le système informatique de l’entreprise et en faisant verser leurs salaires et leurs indemnités sur des comptes bancaires ouverts par quatre de ses proches». Il a tout claqué en produits de luxe et en hôtels haut de gamme, comme s’il était un vrai PDG. Sauf que lui, sa source de revenu n’était pas légale. Mais, admettons-le, la frontière entre escroquerie et commerce international est ténue. Et puis, inventer de faux employés, est-ce plus répréhensible que d’inventer de faux besoins? Le tribunal a jugé que oui, ce qui est un peu mesquin. 

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Je comprends le désarroi des Occidentaux qui aujourd’hui se sentent agressés lorsqu’on parle de racisme et d’esclavagisme. Petits, à l’église, nous mettions une pièce de 20 centimes dans une crousille surmontée d’un enfant africain – à l'époque, on disait «un négrillon» – qu’un mécanisme faisait s’incliner en remerciement. Il est donc difficile, 60 ans plus tard, d’admettre que certains Noirs aient cessé de nous dire merci pour nos bienfaits. Etant donné qu'il m’est arrivé quelques fois de garder les 20 centimes pour m’acheter des bonbons, j’ai aujourd’hui moins de problème à accepter les reproches et les revendications qui sont parfois adressées aux Blancs par les populations qui ont subi et subissent encore leur domination.

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Facebook est une plateforme fascinante. J’y découvre mes amis sous un jour nouveau et me reconnais parfois des affinités avec des personnes censées être politiquement mes ennemis. Je n’en tire aucune conclusion, bien sûr. Par contre, j’ai de la peine à comprendre celles et ceux qui se plaignent de la censure opérée par la plateforme de Mark Zuckerberg. Qui a pu croire un jour qu’il s’agissait d’une entreprise philanthropique, démocratique ou je ne sais quoi? Moi, ce que je trouve étonnant avec Facebook, c'est qu’une telle variété d’absence d’opinion puisse y être exposée librement. Et lorsque mon compte a été supprimé par pudibonderie, j’ai plutôt pris ça pour un compliment. Rappelons-le, Facebook est une entreprise privée dont le seul but est de s’enrichir avec nos données informatiques. Dans un futur dystopique, peut-être tout cela deviendra-t-il un outil de répression. Ce jour-là, ni la plupart de mes amis ni moi ne risquerons grand chose. Ou peut-être juste une petite gêne.

Comme la migraine.   

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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