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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Christian Constantin est une femme battue

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Christian Constantin est une femme battue. Il l’a dit, il ne cesse de le dire et continuera à le clamer lorsque tombera mercredi la version des faits, et l’éventuelle sanction, de la commission de discipline de la Swiss Football League, puis lors de l’éventuel procès au civil qui suivra si Rolf Fringer porte plainte pour coups et blessures: si le patron du FC Sion a frappé jeudi dernier à Lugano l’ancien entraîneur et actuel consultant pour la chaîne de télévision Teleclub de quelques claques et un coup de pieds, c’est que depuis des années, celui-ci l’insulte, se moque, le traite de «fou», de «clown», de «personnalité instable», de «mauvais manager», le tout de manière évidemment publique. Et que donc lui, Christian Constantin, n’en pouvant plus, devant une énième provocation, sur ce terrain de football tessinois, il a craqué.

On dirait Jacqueline Sauvage. En 2012, Jacqueline Sauvage a tué de trois coups de fusil dans le dos son mari qui, comme cela apparaitra lors du procès, la battait, l’humiliait et l’injuriait depuis des décennies. Condamnée à 10 ans de prison, elle a été partiellement graciée par François Hollande après qu’une pétition demandant sa libération a réuni plus de 400 000 signatures de citoyens. On dirait Alexandra Lange. En 2009, elle tué son mari d’un coup de couteau et a été acquittée par la Cour d’Assise qui la considérée comme une victime et non une coupable après qu’elle ait raconté que depuis plus de dix ans, il «l’humiliait, l’injuriait, la battait». Ce printemps, une députée française a déposé une proposition de loi instaurant une «irresponsabilité pénale» pour les femmes battues qui se seraient vengées de leur conjoint: après diagnostic de troubles psychiques liés aux violences subies, elles pourraient ne pas être incriminées pour avoir agressé ou tué leur conjoint. Un autre projet de loi propose de tenir compte de la fameuse «violence psychologique» dans le couple, celle qui se passe de coups mais qui fait tout autant de ravages, décrite dans le livre best-seller de Marie-France Hirigoyen «Le harcèlement moral».

Jacqueline Sauvage, Alexandra Lange, Christian Constantin? Ce dernier a immédiatement justifié son geste par cette phrase: «Lorsqu'on est agressé, on doit se défendre». Depuis des années, selon lui, Rolf Fringer l’insulte, l’humilie, le moque, le ridiculise, tout cela, facteur aggravant, sur la place publique.

Que cette grande gueule macho valaisanne en soit réduite à jouer les femmes battues est extrêmement divertissant. Que ce serial-consommateur tyrannique d’entraineurs et de joueurs en arrive à se poser en victime et plaider le harcèlement moral est à hurler de rire. Que cet impatient despotique et volontaire en appelle à notre compréhension, notre empathie et notre tolérance semble à peine croyable.

Mais de fait, si l’on en tient compte pour Jacqueline Sauvage ou Alexandra Lange, nous devons, nous devrons, en tenir compte pour Christian Constantin. Et considérer avec sérieux le fait que même (surtout?) une grande gueule macho peut se sentir humiliée, injuriée, brimée, agressée. Et, un jour, se retourner contre son agresseur.

Alors oui, Christian Constantin est une femme battue. 

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