keyboard_arrow_left Retour
CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Chère Ada Marra

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse. La vie, l’amour, la mort, les people, le menu de ce soir.

Chère Ada Marra,

Evidemment que les gens sont bêtes et méchants. Evidemment que vous été mal comprise. Evidemment, vous aimez la Suisse. Evidemment, le 1er août est un jour qui compte à vos yeux.

Mais il faut dire que vous vous êtes trompée de registre.

Vous savez bien que cette phrase, cette fameuse phrase – «LA Suisse n’existe pas» – est fausse. Qu’elle ne veut rien dire. La Suisse existe puisque le mot existe, qu’on le trouve dans tous les dictionnaires, qu’elle a des frontières, un parlement, un gouvernement, une monnaie, un passeport, et des habitants, appelés «les Suisses», dedans.

En écrivant cette phrase, vous avez voulu jouer les plus malignes. Les intellos. Les plus fines. Montrer que vous en avez dans le ciboulot, que vous pensez. Que vous maniez le paradoxe, le concept, le signifiant et le signifié. C’est raté. Vous auriez pu vous en doutez: depuis l’utilisation de ce slogan par Ben en 1992 pour le pavillon suisse de l’Exposition universelle de Séville, et le psychodrame national artistico-politique stérile et imbécile qui a suivi, on sait que débat ne mène à rien.

Vous vous êtes trompé de registre et sur les réseaux sociaux cela ne pardonne pas. Facebook exige soit de l’humour, soit de l’émotion personnelle, soit du spectaculaire. Votre message n’était ni l’un, ni l’autre. Vous avez choisi la manière détournée, cérébrale et alambiquée, et cela a tué votre message.

Votre message est pourtant simple. Ce que vous vouliez dire, ce que vous écrivez aussi après cette première phrase objet de tous les courroux, c’est que la Suisse est à vos yeux «plurielle» et que vous l’aimez pour cela. Vous auriez pu le dire simplement. Directement. A la première personne.

Ou pas: ce que le public ne pardonne pas non plus, ni sur Facebook ni ailleurs, c’est la banalité. Affirmer que la Suisse est en 2017 «plurielle» est d’une telle évidence que cela revient à revendiquer l’invention de l’eau froide. La France aussi est «plurielle», avec des «idées et des opinions différentes», «des priorités et des soucis différents». Et l’Italie, et le Mexique, et la Russie. Même le Japon, tiens, est «pluriel». Dire que la Suisse est «plurielle» n’a rien des transgressif, provoquant, ou courageux. Vous n’avez pas été insultée par des internautes bêtes et méchants parce que vous étiez critique mais simplement parce que vous avez raté votre post Facebook.

Chère Ada Marra, vous qui n’êtes pas banale, vous qui êtes plurielle, vous qui existez, vous qui êtes ni bête ni méchante, vous pouvez mieux faire, beaucoup mieux faire.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR