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LU AILLEURS / Liberté d'expression

Rowan Atkinson s’élève contre une loi liberticide en Ecosse

L e célèbre interprète du personnage de Mister Bean fait parler de lui en ce moment. Récemment, nous apprend le magazine français «Marianne», il a co-signé une lettre à l’attention de Humza Yusa, le ministre écossais de la Justice, pour dénoncer son projet de loi «contre la haine». En cause, les risques que ce texte ferait courir à la liberté d’expression. Imaginerait-on pareil scénario sous nos latitudes?

Cela change des tribunes pour sauver l’environnement ou condamner les harceleurs. La lettre co-signée au Royaume-Uni par une vingtaine de personnalités dont l’acteur britannique Rowan Atkinson est une défense de la liberté d’expression, jugée menacée par le projet de loi du ministre écossais de la Justice Humza Yusa. Directement adressée au ministre, cette lettre ouverte s’inscrit dans un contexte mondial où le politiquement correct est devenu un thème omniprésent. En fait, c’est quand il semble s’opposer à la liberté d’expression – et non au politiquement abject – que le politiquement correct fait grincer certaines dents.

Ce qu’il y a d’intéressant ici, c’est que ce sont celles d’artistes ou de représentants de la culture. Et pour cause, le projet de loi qui se trouve dans leur viseur a pour objectif d’étendre la lutte contre les discriminations, en interdisant de manière générale tout contenu «susceptible d’attiser la haine contre un groupe». Il n’est plus question de norme antiraciste ou anti-homophobie, autrement dit de garde-fous contre des propos absurdes en plus d’être blessants: il est question de norme anti-haine, quelles que soient les intentions du sujet.

De quoi faire peur à certains humoristes comme Rowan Atkinson, qui se demandent ce qu’il va advenir des blagues sur les communautés, et même sur les croyances ou les religions. Après tout, il est permis de haïr une religion, et l’interprétation juridique d’une haine envers une religion comme une haine envers ses fidèles est un risque qu’il serait fort malvenu de ne pas prendre au sérieux, surtout à notre époque. Et même: est-ce toujours malvenu de haïr un groupe d’individus, par exemple l’ensemble des violeurs récidivistes? Doit-il même être légalement répréhensible d’écrire sur Facebook que l’on hait les enfants, ironie ou pas?

En réalité, ces questions ne sont de loin pas simples. D’où tout le foin que provoquent des textes comme la loi Avia en France ou celle discutée actuellement au Royaume-Uni. Ce qui est ravissant, c’est de voir ce genre de voix porter cette inquiétude. Imaginerait-on un Thomas Wiesel se battre pour la liberté d’expression en signant une tribune contre une mesure du gouvernement suisse jugée dangereuse? Il faudrait pour cela que nos humoristes romands ne soient pas conformistes. Et il faudrait déjà que les libertés individuelles soient un enjeu digne d’intérêt. Or, même sous le régime spécial actuel, peu semblent s’en soucier.


Lire l’article original de Marianne.

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