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LU AILLEURS / Ecologie

La Lombardie polluée par ses cochons

I l n’y a pas que le coronavirus qui soit néfaste pour la santé des habitants de la Lombardie. Cent soixante-huit communes de cette région italienne sont exposées à un risque environnemental en raison des charges excessives d'azote liées à l'élevage intensif de porcs et de bovins. Le magazine italien «L’Espresso» publie une enquête de Greenpeace.

En Italie du Nord, la Lombardie a été durement touchée par la pandémie de COVID-19, on le sait. Ce qu’en revanche on sait moins, c’est que la région souffre d’un autre mal, moins spectaculaire mais également nocif. «En Lombardie, une commune sur dix est menacée par la pollution due à l'élevage intensif», explique L’Espresso dans un article publié début juin.

Le problème, c’est l’azote, dont le taux est trop élevé dans 168 communes lombardes. Il est produit par le fumier provenant des élevages de porcs et de bovins. Des élevages excessivement nombreux: la Lombardie est la première région d'élevage d'Italie, on y élève 50% des porcs et 25% des bovins du pays, il s’y trouve près d'un porc pour deux habitants, soit environ 180 cochons au kilomètre carré.

Où est le problème? Le fumier n’est-il pas un excellent engrais? Sans doute, sauf que lorsque ce fumier est trop abondant, l’azote qu’il produit l’est aussi et peut devenir un danger pour l'environnement et la santé. «Il existe une relation entre l'exposition chronique aux nitrates − dérivés de l'azote − et une incidence plus élevée de cancer chez les adultes», affirme Carlo Modonesi, membre du comité scientifique de l'Association médicale pour l'environnement (ISDE). Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une émanation de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a quant à lui inclus les nitrates dans le groupe des «cancérogènes probables pour l'homme». Ceux provenant des exploitations agricoles entrent en contact avec les humains «par exemple lorsque l'eau qui alimente les villes est puisée dans des poches souterraines polluées», précise Carlo Modonesi.

Les règles européennes ne sont pas respectées

C’est pourquoi la quantité d’azote contenue dans les sols est limitée par la loi. Or, dans 11% des communes lombardes, le nombre d'animaux élevés est si important que cette limite légale n'est pas respectée. Il faut relever que près de la moitié de l'argent public européen alloué à la région pour l'élevage, soit 120 millions d'euros, arrive dans ces communes «hors la loi», ceci bien que l'Europe ait réglementé l'épandage du lisier. Mais les inspections in situ sont rares.

Pire, la Lombardie, tout en constatant  une surabondance de fumier sur son territoire, veut aujourd’hui déroger à la directive sur les nitrates afin d'épandre encore plus de fumier, comme l'a confirmé le conseiller pour l'agriculture, l'alimentation et les systèmes verts Fabio Rolfi: «Nous avons demandé à l'Union européenne de relever la limite d'épandage au-delà de la limite actuelle de 250 kg/hectare accordée jusqu'à présent aux exploitations agricoles.» «Face à une situation de charges azotées déjà excessives, la solution ne peut être une nouvelle dérogation», lui répond Federica Ferrario, responsable de la campagne agricole et des projets spéciaux de Greenpeace Italie.

Ne plus subventionner l’élevage intensif

Selon l’organisation écologiste, une partie de la solution consiste à stopper le flux d'argent public vers l'élevage intensif au profit de méthodes de production écologiques. «Afin de respecter l'accord de Paris et d'éviter la catastrophe environnementale et climatique, il est nécessaire de réduire drastiquement la production et la consommation de viande et de produits laitiers.» En Italie, cela signifierait tirer le meilleur parti des nombreuses petites productions de qualité pour les rendre encore plus durables et résistantes, même face à des crises comme celle liée à COVID-19. «Il est temps d'agir pour produire moins et mieux, de cette façon, la qualité de l'environnement et de l'alimentation ainsi que les conditions de travail du secteur agricole en bénéficieront», conclut Federica Ferrario.

Il y aura un avant et un après COVID-19, prédisent les optimistes. Selon eux, la crise sanitaire aurait réveillé les consciences. Sauf que le monde d’après, on le voit, n’est pas exactement en train d’être dessiné, en tout cas pas en Lombardie, où, contrairement à l’adage, dans le cochon, tout n’est pas bon.  

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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