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LU AILLEURS / Nocivité

Faites le ménage, qu'ils disaient

U ne récente étude, explique «The Independent», démontre les effets nocifs des produits ménagers sur les poumons, effets comparables à ceux de la cigarette chez les fumeurs réguliers.

Une équipe de chercheurs s'est penchée sur les conséquences que peuvent engendrer les produits ménagers sur nos poumons. Cette étude, publiée dans The American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine, s'est focalisée sur les effets à long terme: «Alors que les effets à court terme des produits chimique de nettoyage sur l'asthme deviennent de plus en plus documentés, nous manquons d'informations sur les impacts à long terme», explique le Professeur Cécile Svanes, auteur principal de l'étude et infirmière à The University of Bergen.

L'hypothèse (et la crainte) suivie par cette équipe de scientifiques est que les produits chimiques, en endommageant peu à peu les voies respiratoires, pourraient accélérer le déclin dû à l'âge des fonctions pulmonaires.

Et, quand on y réfléchit: inhaler des petites particules d'agents nettoyant prévus pour laver le sol et non les poumons semble effectivement présenter des risques pour la santé pulmonaire.

Un protocole intéressant

La force de cette étude est que plus de 6000 personnes ont été suivies pendant une période de 20 ans. Pour évaluer la performance des fonctions pulmonaires, les scientifiques ont calculé la quantité d'air que les participants étaient capables d'expirer – une diminution du taux d'air expiré étant synonyme de dommages pulmonaires.

En parallèle à ces mesures, les intervenants ont répondu à un questionnaire pour dresser leur profil et établir leur fréquence d'exposition aux produits ménagers (homme ou femme de ménage vs ménage du foyer, par exemple).

Il en ressort que le taux d'air expiré décroit plus rapidement chez les personnes les plus exposées aux agents ménagers. A titre de comparaison, on observe le même taux de décroissance chez les fumeurs réguliers (~1 paquet par jour pendant 20 ans).

Et de postuler, donc, que les produits d'entretien seraient irritants pour la membrane muqueuse des poumons et entraîneraient, à force d'exposition, des dommages durables et un «remodelage» des voies respiratoires.

De la pertinence

Le point faible de cette étude réside dans la conclusion: les dommages pulmonaires observés chez les femmes sélectionnées pour cette étude n'ont pas été relevés chez les participants masculins: «There was no apparent accelerated decline in lung function in men».

Bien sûr des explications sont fournies, dans l'article scientifique, pour élucider cette apparente différence:

  • Les hommes de ménage professionnels ne seraient pas exposés de la même manière que les femmes de ménage aux produits nettoyants. (Pourquoi?)
  • Cette étude ne comporte qu'un faible nombre de participants masculins travaillant comme homme de ménage. Les hommes non exposés aux produits ménagers étant significativement plus nombreux que les hommes fréquemment exposés, on ne relèverait qu'une faible décroissance dans le taux d'air expiré.
  • Ce faible taux d'hommes de ménage professionnels participants à l'étude serait, quant à lui, dû aux questions de sélections des intervenants.

En définitive, on peut se questionner sur l'utilité de mener ce types d'études en faisant, coûte que coûte, une distinction de genre alors même que l'échantillon de population sélectionné n'est pas suffisamment bien élaboré pour donner des résultats probants sur ce point.

Etant donné que l'unique conclusion de cette recherche est «une exposition répétée aux produits ménagers provoquera, à long terme, des dégâts pulmonaires», pourquoi s'obstiner à dire que ça concerne les femmes (et les hommes mais on n'est pas sûre), mais surtout les femmes?


L'article original en anglais sur The Independent: «Cleaning products as bad for lungs as smoking 20 cigarettes a day, scientists warn»

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