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Societe / Des hébergeurs AirBnb discriminants? Pas si vite…

Jonas Follonier

21 novembre 2020

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Un certain nombre de personnes – 1,4 millions, nous dit un article récent de siecledigital.fr – louant leurs logements sur la plateforme Airbnb seraient discriminantes, refusant d’héberger des clients noirs, asiatiques ou encore transgenres. Mais, minute: sont-ils refusés pour ces motifs-là?



L’affaire remonte à la surface à chaque pleine lune, ou presque. La dernière actualité a le mérite d’être intéressante. Depuis 2016, la plateforme communautaire Airbnb demande à ses utilisateurs mettant à disposition leurs logements de respecter une politique de non-discrimination. Voilà que le service en ligne a annoncé que 1,4 millions ont refusé de signer cette charte depuis les quatre ans de son existence. Ils en ont donc été exclus.

«Parmi les cas les plus célèbres, citons celui d’un hôte pro-Trump (étonnant?) qui a refusé une demande de réservation parce que l’invité était asiatique. D’autres ont refusé d’héberger des transgenres. Des maghrébins ont été refusés par des hôtes français. Enfin, des hôtes chinois ont refusé les demandes des Ouïghours (une communauté traquée par le gouvernement chinois) et des Tibétains. On retrouve sur Airbnb le reflet de l’intégralité des conflits de notre monde…»

Si la dernière phrase de cet extrait de l’article de siecledigital.fr est déjà contestable si l’on pinaille un peu – comment trouver le reflet de l’intégralité des conflits de notre monde dans quoi que ce soit? –, le problème de fond relayé d’article en article depuis des années est, lui, relativement alarmant, il est vrai: «pour réserver sur Airbnb, mieux vaut s’appeler Isabelle que Djamila», comme le titrait Le Monde dans ce long papier s’appuyant sur une série de témoignages. Néanmoins, des questions restent à poser.

D’abord, refuser d’héberger un Asiatique revient-il nécessairement à refuser un Asiatique parce qu’il est Asiatique? Evidemment que non. Cela peut être pour une foule d’autres raisons. Airbnb, en communiquant le chiffre de 1,4 millions de racistes et autres homophobes virés de son site, semble indiquer que ce grand nombre de personnes ont refusé d’héberger des individus du simple fait de leur origine, de leur tradition familiale ou encore de leur genre. Soit. Tant mieux qu’ils se soient fait virés, si tel est le cas. Et ce sont les normes mêmes d’Airbnb.

Mais peut-on jamais être certain qu’un propriétaire refuse de louer son appartement ou sa chambre pour ces motifs archaïques? Airbnb a bien compris comment fonctionnait la communication d’aujourd’hui en affichant son engagement sur ces sujets-là, mais la plateforme ne nous fera pas croire qu’1,4 millions de bailleurs ont écrit noir sur blanc à des clients potentiels qu’ils rejetaient leur demande parce qu’ils étaient musulmans ou homos. Cela peut être simplement le résultat de mauvaises expériences passées avec le même genre de profils, et ce type de généralisations, ma foi, est tout ce qu’il y a de plus humain.

La conclusion? Prenons toujours ces chiffres avec beaucoup de pincettes. Et n’oublions pas que si les utilisateurs d’Airnb doivent évidemment respecter les normes de cette entreprise, les droits élémentaires de tout un chacun devraient aussi être respectés. Dont celui pour les propriétaires de laisser habiter chez eux qui ils veulent. Au fond, s’asseoir sur ce droit individuel au motif que certains proprios seraient des arriérés – et nous en connaissons tous – revient à créer un nouveau deux poids deux mesures. Un arbitraire, cette fois-ci, visible et promu.


Lien vers l’article original.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@gwperrin 23.11.2020 | 18h14

«Bravo, Monsieur Follonier pour cette position coupée de votre texte et ici, collée : "les droits élémentaires de tout un chacun devraient aussi être respectés". Celui d'être d'une origine qui vous disconvient, par exemple...
Certes, chacun a le droit de choisir qui recevoir chez lui. Mais celui à qui votre hospitalité est exclue, pour raison purement ontologique, ne se sentira pas particulièrement respecté dans sa race", pour parler "djeune". A celui qui serait frappé d'un préjugé discriminant de ne pas exposer le sujet de telles réserves à l'affront. On est rarement contraint d'ouvrir son coeur ou son huis.
Georges Perrin, 1008»


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