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ACTUEL / Trafic légal

Un aller-retour pour «Saint-Gingolph, Poste»

«C’est pour un colis?» demande le postier de Saint-Gingolph en France. Non, c’est juste pour avoir quelques informations pour un petit reportage. Il paraît soulagé. C’est qu’il en voit passer, des gens qui viennent récupérer leurs paquets. Surtout des Suisses. La frontière est si proche et les frais de commande sont si chers chez eux...

C’est samedi. Il est 9h du matin, dans ce petit village à cheval entre la France et la Suisse. Il pleut et le froid de l’hiver est déjà descendu jusqu’au lac Léman. Personne ou presque ne s’aventure dehors, sauf un homme, probablement un habitué, assis à une terrasse du côté suisse. Il boit un chocolat chaud et fume une cigarette. Devant lui, les voitures passent par dizaines, par centaines. Une vraie autoroute. On est pourtant dans un village; un village si petit que les gens ont encore l’habitude de se dire bonjour lorsqu’ils se croisent dans les rues. Les routes de Saint-Gingolph ressemblent d’ailleurs à des ruelles: deux voitures ne tiendraient pas l’une à côté de l’autre. Sauf sur cette artère principale. Là, les voitures se croisent sans discontinuer: sur la voie qui va en Suisse, des plaques françaises. En sens inverse, c’est un vrai bal de Vaudois et de Valaisans.

La rivière «La Morges» définit la frontière. Un vieux pont en pierre relie les deux pays. A quelques minutes à pied, au bout du village, la poste de St-Gingolph se remplit petit à petit. «Vous avez votre numéro de livraison?» «Carte d’identité, s’il vous plait». Des colis, il y en a partout. Dans le réduit à côté des deux petits guichets et dans la pièce principale. Environ 200 paquets arrivent là tous les jours. «C’est un peu près la même quantité qu’à Evian, alors que notre office est bien plus petit», explique le postier. C’est vrai que c’est minuscule, à peine la place pour cinq ou six personnes en même temps. Vers 10h, des personnes font la file dehors. «Les clients sont majoritairement des Suisses», explique-t-il. Pas étonnant, en conséquence, que la poste de l'autre côté de la frontière se résume à un petit kiosque. Le postier demande encore: «Vous allez écrire un article?» Oui. «Faites-en pas trop, il n’y a pas besoin d’en rajouter, on a déjà bien assez de colis comme ça…!»

Dehors, une femme et sa fille mettent un gros colis dans leur coffre. Plaques suisses. «Bien sûr que c’est moins cher de faire livrer les paquets ici. Ça coûte 4 euros par colis plus les frais de port. Mais ça reste bien plus avantageux que chez nous.» Elles ajoutent que les prix des marchandises elles-mêmes sont bien moins chers et en plus de cela, de nombreux articles ne peuvent être expédiés en Suisse.

«Les gens se font avoir une fois, pas deux»

Quelques minutes plus tard, un homme sort avec plusieurs paquets dans les bras: «J’en ai eu pour un peu plus de 200 francs. Ce sont des jouets, pour les cadeaux de Noël des enfants. J’en aurais eu pour le double si j’avais tout acheté en Suisse.» Lui vient de Vevey. A une trentaine de minutes en voiture, il dit que cela vaut la peine. «Je pense que je viens ici environ une fois par mois.» Il ajoute que s’il habitait à une heure de route, il y réfléchirait à deux fois.

A la douane suisse, un garde-frontière ne s’étonne plus de voir autant de Suisses traverser la frontière: «Si vous commandez quelque chose à 50 balles et que la douane de la poste vous facture 25 balles de plus, vous avez vite compris! Les gens se font avoir une fois, pas deux». Faire venir un paquet depuis la France et le ramener en Suisse n’a d’ailleurs rien d’illégal. Il suffit d’avoir le ticket et que le prix de la marchandise n’excède pas 300 francs. Ainsi, pas besoin de payer de TVA ni de frais de douane (sauf le tabac, l’alcool, etc. sous certaines conditions). Quelques voitures continuent à passer devant nous direction la Suisse, il ne les arrête pas. «Non, les contrôles ne sont pas systématiques. Si on le faisait, il y aurait des bouchons jusqu’à Evian!»

C’est samedi et les voitures suisses continuent d’affluer vers la France. Certaines s’arrêteront devant la poste. Et cela jusqu’à midi environ. Ensuite elle fermera. D’autres continueront plus loin pour faire leurs courses, mais ça, c’est une autre histoire.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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