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ACTUEL / Analyse

Sauvons la planète de l’écologie hystérique

L ’écologie? Tout le monde en fait ou se targue d’en faire. Le réchauffement climatique est en train de créer une panique à l’échelle planétaire, panique dans laquelle nous entraînons nos enfants. Au détriment, malheureusement, d’une réflexion plus posée, plus rationnelle. Et si l’écologie passait tout d’abord par une écologie intellectuelle de nos cerveaux, de nos idées et de nos modes de réflexion?

Lionel Dricot, alias @ploum, conférencier et écrivain électronique


 

Régulièrement, des lecteurs me demandent pourquoi je ne traite pas d’écologie sur ce blog. Après tout, la planète est en danger, il faut agir. Pourquoi ne pas écrire sur le sujet?

La réponse est toute simple: je parle d’écologie. Souvent. Presque tout le temps. Je milite pour sauver la planète, je raconte des histoires pour sensibiliser mes lecteurs.

Mais, contrairement à cette hérésie médiatique et millénariste qui s’est emparée de l’humanité, je ne cherche pas à effrayer. Je veux que les choses changent réellement en traitant le problème à la racine.

En hurlant, en manifestant, en lapidant le malheureux qui aurait encore des ampoules à incandescence, nous ne faisons que hâter notre perte. Nous sommes en train de détruire nos enfants, d’en faire des névrosés, des intégristes. Nous leur montrons l’exemple d’une jeune femme qui brosse l’école pour traverser l’atlantique sur le voilier d’un milliardaire afin de servir de faire-valoir ou de repoussoir électoral aux politiciens. Nous les culpabilisons en leur disant d’agir, de s’agiter médiatiquement, en les décourageant de prendre le temps pour apprendre et réfléchir. Récemment, une gamine de sept ans à qui je tentais vainement d’expliquer que couper un arbre n’était pas un crime, que c’était parfois bénéfique et nécessaire, m’a répondu: «De toutes façons, je préfère mourir que de polluer.»

C’est extrêmement grave. Nous imposons notre culpabilité, notre sentiment d’impuissance à nos enfants. Nous les transformons en ayatollahs d’une idéologie aveugle, irrationnelle, cruelle, inhumaine. Une religion.


La dangereuse violence du potager

Le discours collapsologiste devient la norme. Tout le monde veut apprendre à cultiver son potager, à chasser pour survivre.

Mais personne ne réfléchit qu’il y’a une raison toute simple pour laquelle nous sommes passé à l’industrialisation. Ce n’est pas par plaisir que l’homme a construit des usines. Mais parce que c’est plus efficace, plus performant. Que cela a permit à la majorité de l’humanité de ne plus crever de faim et de misère.

Ce pseudo moyen-âge idéalisé auquel beaucoup aspirent signifie, avant toute chose, la famine en cas de mauvaise récolte ou d’accident, la mort par maladie, le handicap à vie pour de simples fractures.

Nous oublions que les chasseurs-cueilleurs et même les paysans du moyen-âge disposaient de plusieurs hectares par individu, ce qui leur permettait de subsister de justesse. Pour revenir à cet état, il faudrait d’abord se débarrasser de l’immense majorité de l’humanité. Et cela se ferait tout naturellement grâce à la guerre et aux massacres pour conquérir les territoires fertiles.

Si vous croyez à l’effondrement, ce n’est pas la permaculture que vous devez apprendre mais le maniement des armes. Ce ne sont pas les conserves qu’il faut stocker mais les munitions. Au moyen-âge, les villages étaient régulièrement razziés ou sous la protection d’un seigneur qui levait d’énormes impôts. Dans le monde des collapsologues, le maraîcher d’aujourd’hui est donc le serf de demain. Militer pour un retour au potager individuel, c’est littéralement militer pour la guerre, la violence, la lutte pour des ressources rares.

Le réchauffement climatique est un fait établi, indiscutable. Il sera probablement pire que prévu. L’inaction politique est bel et bien criminelle. Mais en devenant tous des survivalistes, nous créons une prophétie autoréalisatrice. Nous nous concentrons sur l’obstacle à éviter.


Traiter le mal à la racine et non ses symptômes

Pourtant, malgré les changements désormais inévitables de notre environnement, l’écroulement de la société n’est pas inexorable. Au contraire, nous sommes la société et celle de demain sera ce que nous voulons qu’elle soit. Nous pouvons accepter la situation comme un fait, utiliser notre intelligence pour prévoir, mettre en place les infrastructures qui rendront le réchauffement moins tragique en réduisant le nombre de morts.

Ces infrastructures sont tant techniques (eau, électricité, internet) que politiques et morales. En créant des outils de gouvernance décentralisés, nous pouvons augmenter la résilience de la société, nous pouvons asseoir les principes collaboratifs qui nous feront vivre au lieu de survivre. En militant pour la libre circulation des personnes, nous pouvons tuer dans l’œuf les conflits le long d’arbitraires frontières. En luttant contre les ségrégations, nous éviterons qu’elles ne se transforment en un communautarisme violent lorsque les ressources se raréfieront.

Avant toute chose, nous devons apprendre à traiter les causes, à comprendre au lieu de nous voiler la face en rejetant la faute sur des concepts arbitrairement vagues comme «les politiques», «l’industrie», «les riches» ou «le capitalisme».

Pourquoi consommons-nous autant de ressources? Parce que nous y sommes poussés par la publicité. Pourquoi y sommes-nous poussés? Pour faire tourner l’économie et créer des emplois? Pourquoi voulons nous créer des emplois? Pour consommer ce que nous croyons vouloir à cause de la publicité. Nous devons sortir de ce cercle vicieux, le casser.

Il faut arrêter de créer de l’emploi. Il faut travailler le moins possible, nous sommes déjà trop productifs. Il faut décrédibiliser la publicité et le marketing. Il faut apprendre à être satisfait, à avoir assez. Or, c’est impossible dans un monde où le produit le plus vendu est désormais la malléabilité de notre cerveau. À travers Facebook et Google, nous sommes en permanence scrutés et façonnés pour devenir de bons consommateurs émotionnellement réactifs. Nous militons contre le réchauffement climatique sur… des pages Facebook! Ce qui va nous exposer à des publicités pour des projets Kickstarter de vélos pliants jetables fabriqués au Turkménistan et à des posts “likés” à outrance qui renforcent nos croyances, tuant tout recul, tout esprit critique.


Chronique d’un effondrement souhaité

Si notre priorité est réellement la santé future de nos enfants, la mesure la plus simple et efficace serait d’interdire immédiatement la cigarette dans l’espace public, y compris l’électronique dont on remarque qu’elle est extrêmement nocive et pousse à l’usage du tabac chez les jeunes.

La cigarette est un marché hyper polluant dont l’objectif est de polluer les poumons des clients et de leur entourage tout en polluant les nappes phréatiques et nos sols (avec les mégots). Or, combien de marcheurs pour le climat s’en sont grillé une, souvent juste à proximité d’enfants?

Comment peut-on un instant imaginer être crédible en demandant un respect assez abstrait de la planète à une entité abstraite que sont «les politiques» lorsqu’on n’est concrètement pas capable de respecter son propre corps ni celui de ses propres enfants?

Après la cigarette, il faudrait attaquer la voiture. Avec une solution toute simple: augmenter le prix de l’essence. Transformer l’essence en gigantesque taxe de la voiture. Les mesures factuelles le prouvent: la consommation ne dépend que du prix. Une voiture qui consomme moins roulera plus si le prix n’est pas augmenté. Mais les gilets jaunes nous ont démontré avec quelle énergie nous sommes capables de nous battre pour avoir le droit de polluer plus, de consommer plus, de travailler plus.

Ce que nous disons à nos enfants, c’est qu’ils sont coupables, qu’ils doivent sauver le monde que nous détruisons sciemment. Nous leur faisons peur avec le glyphosate, qui pourrait éventuellement être toxique, même si ce n’est pas certain sur de petites doses, en leur servant un steak de viande rouge bio qui lui, est un cancérigène certain.

Nous entretenons leur peur avec l’aluminium dans les vaccins, avec les ondes wifi, avec le nucléaire alors qu’une seule journée dans les embouteillages sur l’autoroute et une soirée avec des fumeurs sont probablement plus néfastes pour le cerveau que toute une vie avec une antenne wifi sur la tête. Tous les effets secondaires des vaccins ne pourront jamais faire autant de mal qu’une simple épidémie de rougeole.

Les scientifiques qui travaillent sur le nucléaire et qui ont des solutions concrètes aux inconvénients de cette technologie (le danger d’explosion, les déchets) s’arrachent les cheveux car ils ne peuvent plus avoir de budget, ce qui a pour effet de réactiver des vieilles centrales dangereuses ou, pire, des centrales à charbon qui tuent silencieusement des milliers de gens chaque année en polluant notre atmosphère.

Nos peurs hystériques sont en train de créer exactement ce que nous craignons. L’écologie collapsologiste met en place presque volontairement la catastrophe qu’elle prédit. Au nom de l’amour de la terre, les grands inquisiteurs nous torturent afin que nos souffrances psychologiques rachètent les péchés de l’espèce.


L’apocalypse instagramable

Voir des millions de gens marcher pour le climat m’effraie autant que voir d’autres se réchauffer autour de braseros dans leur gilets fluos. J’ai l’impression de voir un troupeau écervelé, bêlant à la recherche d’un chef. Un troupeau qui ne sera satisfait que par des mesures absurdes, médiatiques, spectaculaires. Un troupeau qui a trop de pain et demande de plus grands jeux (car, oui, l’obésité tue plus aujourd’hui que la malnutrition).

La réalité n’est malheureusement jamais spectaculaire. Réfléchir n’est jamais satisfaisant. C’est d’ailleurs la raison, bien connue des psychologues, pour laquelle les théories du complot ont tant de succès. Nous voulons du spectaculaire, du bouleversant. Et le tout sans changer nos habitudes. On veut bien acheter des ampoules plus chères et manifester mais si le changement climatique devient trop dérangeant, on se contentera de dire que c’est un hoax des gaucho-scientifiques. Ou que c’est la faute des politiques.

Sortir du tout à l’emploi, refuser le consumérisme, prendre du recul sur notre rapport à l’information, repenser nos modes de gouvernance. Prévoir des infrastructures d’eau potable et d’électricité mondiale. Décentraliser Internet. Tout cela, malheureusement, n’est pas assez likable. Mélanie Laurent ne pourrait pas en faire un film. Greta Thunberg ne pourrait pas justifier une traversée de l’atlantique.

C’est tellement plus facile de crier à la destruction totale, de trembler de peur, de se réjouir parce que tout un quartier a réussi à faire pousser cinq tomates, de payer pour avoir l’honneur de sarcler la terre du champs de Pierre Rabhi ou de prendre un selfie sur Instagram avec une «star de la méditation qui prie pour l’union des consciences» (je n’invente rien). Ça fait moins peur de mourir à plusieurs, chante très justement Arno.

C’est plus facile, cela nous donne bonne conscience au moindre effort. Malheureusement, c’est au prix de la santé mentale de nos enfants. Nous sommes en train de détruire psychiquement une génération parce que nous refusons de pousser la réflexion, d’accepter nos erreurs, d’évoluer, de penser plus loin que les grammes de CO2 émis par notre voiture de société.


Un péché héréditaire

Ma génération était à peine née lorsque quelques australiens demandèrent à nos parents comment ils pouvaient dormir alors que leurs lits étaient en train de brûler. Trente-deux années plus tard, force est de constater que nous n’avons fait que transformer une évidence scientifique en hystérie collective. Que nous n’avons fait que reporter la culpabilité, en la décuplant, sur la génération de nos enfants. Avec un effet positif quasiment nul.

La maison brûle mais au lieu de leur apprendre à se servir d’un extincteur ou à sauter par la fenêtre, nous leur enseignons à courir en cercle en hurlant le plus fort possible tout en prenant des selfies. Nous leur faisons couper les robinets et nous leur apprenons à disposer des cristaux magiques qui, par leur «énergie vibratoire», devraient éteindre l’incendie.

Notre seul espoir est qu’ils s’en rendent compte avant d’être définitivement traumatisés. Qu’ils nous envoient paître plus rapidement que ce que nous avons fait avec nos parents. Qu’ils nous renvoient à la figure nos marches pour le climat, nos supermarchés bio avec des parkings pour SUV, nos pages Facebook pour gérer les potagers partagés et nos partis écologistes qui veulent avant tout créer de l’emploi et détruire le nucléaire. «Tu faisais quoi papy pour lutter contre le réchauffement climatique?» «On allait marcher dans la rue pour que d’autres fassent quelque chose.»

Plutôt que de mettre la pression sur les générations suivantes et d’accuser les générations précédentes, ne pourrait-on pas prendre nos responsabilités intergénérationnelles et s’y mettre tout de suite? Ensemble?

Parler d’écologie? C’est peut-être avant tout lâcher le plaisir immédiat de l’indignation facile et parler de notre consommation, de notre responsabilité à sélectionner ce que nous donnons à ingurgiter à notre cerveau.


Article initialement publié sur le blog de Lionel Dricot.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

7 Commentaires

@Sai_333 02.10.2019 | 22h26

«C’était très intéressant. Mais je pense qu’une vrai réflexion sur l’écologie pourra se faire dans un milieu plus ouvert. Je pense que les personnes possédant le pouvoir actuellement ne laissent pas à cette réflexion posée suffisamment de place. Ils la rabaissent plutôt et la décrédibilise pour ne pas devoir changer. Du coup, ce mouvement devient contestataire avec des tendances révolutionnaires. Par conséquent, les discours se font plus extrêmes. Les modérés étant découragés par les efforts du changement qui s’aditionnent aux efforts pour être reconnus par les dirigeants et industriels.
En plus, comme dans cet article, les personnes qui agissent de manière imparfaite, qui le font aussi pour des motifs d’ego ou de vision sont critiquées. On veut l’agissement parfait. L’écolo modèle qui sera parfaitement cohérent et ne fera aucun faux pas. Le comportement modéré est donc insuffisant et on met en lumière l’écolo totalitaire.

ça fait peut être très gauchiste mais dire que les dirigeants sont fortement influencés par les grandes fortunes (qui elles n’ont aucun intérêt à parler écologie) ne me semble pas surévalué. Comme pour la cigarette, l’esprit humain est parfois trop faible pour arrêter ses comportements auto-destructeur et il faut des lois pour l’y obliger. Une transition qui ne serait pas portée aussi par le monde politique me semble impossible.

J’ai beaucoup aimé la réflexion de cet article en tous cas. ça m’a donné envie de discuter longuement avec son/sa/ses auteur-e-s.»


@Jeleï 02.10.2019 | 23h38

«Je ne sais pas, je crois que je suis un peu perplexe face à cet article.. Je ne suis expert de rien, mon avis n’engage que moi et vaut ce qu’il vaut, mais j’ai franchement l’impression que M. Dricot remplace une hystérie par une autre en nous brandissant ses générations sacrifiées.

Je ne dis pas qu’il n’a pas partiellement raison, mais je ne pense pas qu’il suffise de répondre blanc quand on voit noir pour avoir raison, cela manque de nuance. Tous ces « y’a qu’à » qui se veulent plus inspirés que les autres, ce dénigrement de ceux qui mouillent leur chemise et ces élans élitistes, à mon avis cette manière de distribuer les bons et les mauvais point est un discours qui divise, alors que l’auteur semble vouloir que les gens se mettent ensemble, j’ai de la peine à suivre.

Je suis d’accord avec Sai, l’écolo parfait n’existe pas. Peut être que le fait d’accepter que nous soyons tous différents et que nous ayons tous des manières différentes d’aborder ce défi serait une main tendue à la complémentarité, afin de converger ensemble vers plus de respect de l’Humain et de la Nature.»


@Paps 03.10.2019 | 07h17

«"Tous les effets secondaires des vaccins ne pourront jamais faire autant de mal qu’une simple épidémie de rougeole." L'auteur vacciné mais pas déniaisé ferait bien de faire le ménage dans ses idées toutes faites.
Il est arrivé là comment ? Issu de nombreuses lignées qui ont survécu aux terribles épidémies de rougeole, affection virale des plus banales. A croire qu'il est sponsorisé par les pharmas pour son blog.»


@Sai_333 03.10.2019 | 16h42

«@Paps
C’est clairement pas le sujet mais je crois qu’il est bon de rappeler que les vaccins sont peut être effrayants mais qu’ils sont bénéfiques. Ce n’est pas parce que les pharmas cherchent l’argent que la totalité des médicaments produits sont à jeter.»


@Eggi 03.10.2019 | 16h42

«Encore un professeur Yaka! Il aurait été en effet intéressant d'analyser les mouvements d'opinion autour du réchauffement climatique et de la mise en danger de la biodiversité; certains ont d'ailleurs commencé à le faire, il y a déjà plusieurs ouvrages sur ce vaste sujet. Bref: arrêter de fumer et de travailler (etc., etc.) contribuera-t-il à sauver la planète? Plus ou moins que les grèves des jeunes? »


@Lion89 03.10.2019 | 18h59

«L'impact écologique de l'homme sur la planète = Population X Lifestyle (=consommation) X facteur technologique.
Dès lors fumer à un impact écologique positif puisque cela contribue à réduire la population.
Mais quant à travailler moins et consommer moins, je vous rejoins parfaitement.
»


@chasqui 06.10.2019 | 10h15

«Le fond du problème est bien là : la démographie, depuis que l'homme n'a plus de prédateur, sa population n'est plus régulée. Et face à son égoïsme, toutes les tentatives pour réduire son impact écologique resteront des voeux pieux.
Les quelques jeunes occidentaux qui manifestent ne pèsent pas lourd face à la population mondiale qui envie notre confort.»


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