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ACTUEL / CORONAVIRUS

Qui va payer?

L es 10 milliards de francs promis vendredi par la Confédération pour pallier la chute de l'activité économique due à l'épidémie de coronavirus ne suffiront pas, tout le monde le sait. Mais qui amènera la différence?

Vendredi, c'était fête au Medienzentrum du Palais fédéral à Berne: quatre Sages, non moins, annonçaient Byzance sous la forme d'une promesse d'aide immédiate de 10 milliards de francs aux entreprises et à leurs salariés, aux indépendants, enfin bref, à tous ceux qui allaient subir, ou subissaient déjà une baisse d'activité (et donc de revenu) engendrée par les restrictions destinées à freiner l'évolution de la pandémie.
Ce que masquait ce bel effet d'annonce, c'est le bras de fer entre les différentes forces économiques et sociales pour se refiler la facture. L'Union syndicale suisse voulait garantir les salaires et favoriser un plan de relance. Economiesuisse, qui représente les grandes entreprises, ne voulait surtout pas d'un plan de relance, qu'elle considère comme de l'argent jeté par les fenêtres. Comme tout le monde s'accordait sur la nécessité d'élargir la possibilité de recourir à l'assurance-chômage, ainsi fut-il donc fait, avec un petit susucre aux syndicats (les salaires seront garantis) et un gros aux entreprises (pas de plan de relance, dont elles se méfient encore plus que de la peste, pardon, du coronavirus). Au final, ce sont donc les partenaires sociaux et la Confédération qui vont payer. Autrement dit: les employeurs et leurs salariés à parité et les contribuables.
C'est la première ligne. Car personne ne croit sérieusement que 10 milliards vont suffire. Cette somme correspond à 1,4% du produit intérieur brut. C'est à dire à la création de valeur qu'elle aurait dû faire cette année si la pandémie ne s'était pas déclarée (la croissance anticipée pour 2020 était de 1,5% environ, avant l'arrivée des soucis sanitaires). Malheureusement, c'est vers une récession que nous amène notre virus favori. Et la facture sera nettement plus élevée.
Un comptable dirait qu'un franc apporté par l'Etat et les partenaires sociaux compensera ce même franc dévoré par le Covid-19, certes. Mais la vie, et donc l'économie, ne sont jamais aussi simples. L'artiste qui perd son contrat en raison de l'annulation du festival dans lequel il aurait dû jouer n'achètera pas de nouvelle guitare. Le commerçant perdra donc un client. Et en plus, il risque fort de devoir fermer boutique, ce qui le fondera à demander lui aussi une aide. L'employé contraint au télétravail dépensera moins en restaurant pour sa pause de midi, amenant le restaurant à fermer à son tour, et ainsi de suite. Et on ne parle même pas des affaires un peu plus sérieuses qui sont désormais reportées à la Saint-glinglin comme les transactions immobilières, les signatures de gros contrats, et toutes ces sortes d'activités qui font vivre une kyrielle d'intermédiaires, de comptables, de notaires et autres joyeux drilles. Sans oublier – c'est en train d'être réalisé sans contestation aucune – la hausse massive des dépenses de santé

Bref, cet effet d'enchaînement est certes anticipé par les économistes, mais jusqu'à une certaine mesure. Quel sera l'impact effectif du ralentissement de l'activité, même si ce n'est pas celui souhaité par Alain Berset et le Conseil fédéral, dans leur appel à une vie provisoirement plus calme et plus distante? Comment feront les gens qui devront attendre plus longtemps que d'habitude d'être payés? Le saladier coûtera bien plus cher qu'anticipé, ou espéré. 

Pour y faire face et atténuer le choc, il faut ajouter quelques gros outils dans la boîte du Conseil fédéral: un report du paiement des impôts, ce qui soulagerait quelque peu la gestion des liquidités, soudainement tendue, des entreprises et des ménages. Un report du paiement de certaines factures, comme celles de Swisscom (et ses concurrents), devenu outil essentiel pour maintenir la vie à flot en raison du télétravail. Suspension de tous les engagements bancaires comme le paiement des intérêts des dettes (certes pas bien élevée, voire négatifs!) et des amortissements. Enfin, puisqu'on le demande, de l'argent jeté de l'hélicoptère de la Banque nationale ne peut pas faire de mal: ni pour les ménages, ni pour les entreprises, ni même pour l'indépendance de la BNS. Ces idées sont aussi examinées dans d'autres pays et même partiellement mises en oeuvre, comme en Italie. Bref, une panoplie non-exhaustive d'instruments permettant d'éviter le krach des ménages, des indépendants et des petites entreprises. Une panoplie qui répartirait nettement plus largement la facture que sur des seules épaules des contribuables et des partenaires sociaux. Pour le moment, les représentants des entreprises et des banques paraissent totalement rétifs à l'idée même de ce partage des responsabilités. Mais il serait irresponsable d'attendre que débute un krach d'une partie importante du pays pour que les lignes bougent. Il en va non seulement de la vie des gens, mais aussi de la prospérité du pays pour cet avenir encore flou d'après l'épidémie.

Yves Genier

Journaliste économique depuis le milieu des années 1990, historien de formation, Yves Genier est partic...

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

2 Commentaires

@arizan 18.03.2020 | 15h49

«L'hélicoptère de la BNS : belle et amusante image, qui suggère qu'elle "tourne comme une hélice" comme on disait naguère, à propos des agités de tout poil.»


@stef 31.03.2020 | 22h31

«Poser la question, c’est y répondre.
La BNS dispose de réserves de plusieurs centaines de milliards de francs.
La réduction de la dette n’étant plus d’actualité, le mieux serait d’injecter 100 milliards à fond perdu.

L’idéal étant même de lancer à présent avec l’aide de la BNS un RBI qui permettrait à moyen terme de supprimer toutes les assurances sociales au profit du RBI.
Il est temps !»


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