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Royals / Meghan et Harry en Amérique, je disparais moi non plus


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Ils ont officiellement quitté l'Angleterre pour vivre en Amérique loin du harcèlement des médias. Pourtant, les jolis minois du prince Harry et de son épouse Meghan envahissent à nouveau, via des apparitions choisies dans des médias choisis, les canaux de communication du monde entier



On n’a jamais autant vu Meghan et Harry depuis qu’ils ont choisi de fuir la lumière.

Il y a un an, le couple quittait avec fracas non seulement la Firme, comme on surnomme la maison royale britannique, mais aussi l’Angleterre, s’exilant sous les cieux plus cléments de la Californie pour, officiellement, vivre leur amour et élever leurs enfants loin du harcèlement des médias.

Ce qu’ils disent, mais ne font pas.

A peine installés dans leur nouvelle maison de Montecito, une enclave pour millionnaires près de Santa Barbara, leurs jolis minois envahissent à nouveau, via des apparitions choisies dans des médias choisis, les canaux de communication du monde entier. Tout en poursuivant ces mêmes médias pour atteinte à la vie privée, ils mettent en scène, encore et toujours, leur vie privée. Revendiquant leur droit à une vie «normale», ils ne s’engagent pas comme serveuse au fast-food du coin ou employé d’une banque quelconque mais signent de juteux contrats avec Netflix et Spotify pour raconter leur vie, et celles de leurs amis, au plus grand nombre.

Et hier, dimanche 7 mars, face à la légende vivante de la télévision américaine Oprah Winfrey, dans une longue interview dont un seul teaser de vingt secondes a suffi pour faire couler des litres d’encre dans la presse du monde entier et forcer la reine Elisabeth à déplacer sa traditionnelle allocution de la Journée du Commonwealth, Meghan Markle jouait le rôle de sa vie. Meghan contre la Reine!

Elle ne pouvait rêver mieux et ça se voit. Dans sa robe Armani à 5000 dollars, la main gracieusement posée sur son ventre de femme enceinte, paupières et narines frémissantes telle une biche apeurée − encore une qui a trop regardé Bambi −, dénonçant la méchanceté de sa belle-sœur et du monde dans le jardin de sa maison à 15 millions de dollars, Meghan a été parfaite.

D’autant plus que la star, ici, c’est elle. C’est elle qu’Oprah interview - Harry, pourtant le seul vrai prince de l’émission, ne les rejoignant qu’en cours d’interview. Normal: d’exil il n’est question que pour Harry, fils de Charles d’Angleterre et Diana Spencer. Meghan, elle, revient à la maison. Tout comme Kim et Kanye Kardashian-West ont eu besoin de se marier, sous les yeux du monde, entre Versailles et un palais florentin pour s’offrir une touche de noblesse européenne, Meghan est de retour avec un titre de duchesse de Sussex qui lui assure une rente médiatique à vie.

Biberonnée aux codes des séries TV, de Hollywood et de la communication à l’américaine, communication avant tout hypocrite, émotionnelle et démonstrative, Meghan a quitté des terres londoniennes dont elle ne maitrisait pas les codes, pour ramener Harry chez elle. Harry seul n’attirerait ni les foules, ni Oprah. Bien que sympathique et joli garçon, il est bien trop honnête pour susciter les passions. Surtout: il ne joue pas comme Meghan avec les médias, qui en retour adorent jouer avec elle sur l’air de «je t’aime moi non plus».

«Never explain, never complain», le moto de la famille royale? Très peu pour elle. Elle veut tout expliquer et, surtout, se plaindre. S’appropriant sans vergogne le destin tragique de feu Diana sa belle-maman, portant ostensiblement ses bijoux devant la caméra, elle se pose en victime − de la pression médiatique, de l’étiquette rigide de la couronne, du racisme − parce qu’elle a bien compris qu’aujourd’hui, pour être écoutée et passer à la télévision, c’est ce rôle qu’il faut jouer.

Harry cherchait l’ombre et la vraie tranquillité, elle l’a attiré dans sa lumière. Et tandis qu’elle rayonne dans son statut de pseudo-victime, lui, malheureux, clairement dépassé face à des animateurs télé qui ridiculisent son statut de prince, en est réduit à ressasser son drame d’orphelin pour justifier une nouvelle vie qui le prive de ce qu’il a de plus précieux – un frère, un pays, une famille.

Est-ce à la notoriété qu’ils sont accros? Le statut de victime est-il si confortable qu’on puisse souhaiter le cultiver ad nauseam? Nul doute que l’addition des deux, plus une bonne dose de spectateurs-voyeurs dont nous faisons partie, en fait un cocktail détonnant.

 

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

1 Commentaire

@DominiqueM 01.04.2021 | 09h51

«très belle plume Madame Falconnier, c'est un plaisir de vous lire. Pertinence et bel humour.»


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