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ACTUEL / Coronavirus

Le vaccin! Le vaccin!

P ardon de jeter un froid. Mais l’euphorie soudaine − jusque et surtout dans les bourses − doit être tempérée. Façon de parler puisqu’il s’agit de préciser que le vaccin de Pfizer doivent être conservés à -76 degrés Celsius. Celui de Moderna est moins exigeant mais il donne quelques soucis.

Le ministre Alain Berset se répand à la télévision pour évoquer la perspective d’un vaccin qui nous sortira du marasme. La Suisse en trouvera assez, assure-t-il. Mais pas un mot sur la difficulté de l’exercice. Les médecins et les pharmacies devront donc, pour garder le produit de Pfizer, posséder un super-congélateur capable de refroidir à - 80 degrés. Cela existe. Le site chinois Alibaba en propose au prix de 2250 dollars, frais de transports et taxes en sus. Avec un avertissement: au vu de la crise du Covid, ce pourrait être la ruée.

Et le transport? Ni la Poste ni les transporteurs privés traditionnels ne sont équipés pour acheminer un colis en le maintenant à cette température. Si la solution est trouvée, quelle garantie que la chaîne du froid ait été maintenue du lieu de fabrication au lieu de distribution?

Il faut préciser que les candidats à la picouse miracle devront recevoir deux doses à trois semaines d’intervalle. Même obligation pour le vaccin de Moderna dont la Confédération a réservé des millions de doses. Son avantage: il se contente d’une température de - 18 degrés. L’ombre au tableau: plusieurs études annoncent que lors des premiers essais, les cobayes ont eu de forts accès de fièvre et des douleurs musculaires.

A noter aussi, Pfizer recourt à un principe différent des vaccins courants, dit ARN, qui n’est utilisé à ce jour que pour le traitement des animaux. Par exemple pour protéger les saumons d’élevage contre la nécrose hématopoïétique infectieuse et contre une maladie du pancréas, les poulets contre la grippe aviaire, ou pour soigner les chiens atteints d’un mélanome buccal. (Source: theconversation.com)

Mais au cas où son efficacité serait confirmée chez les humains, les problèmes de logistique seront considérables. Les pays pauvres, mal équipés, et pas seulement en Afrique, ne parviendront guère à lancer une telle campagne de vaccination. Mais de cela, pas un mot dans les discours rassurants qui déferlent.

L’action de Pfizer a passé, le jour de l’annonce fracassante, de 36 à 42 dollars. D’accord, elle se tasse un peu. Nous ne sommes pas les seuls à être curieux et à modérer les enthousiasmes.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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