keyboard_arrow_left Retour
ACTUEL / Grève des femmes

Gaëlle Marla: «Le tatouage, c’est aussi la passion du corps qu’on n’a pas»

F ascinée par le corps et ses métamorphoses, Gaëlle Marla a commencé par dessiner et utiliser des décalcos sur sa propre peau avant de franchir le pas. Plus animale que princesse, entre fleurs et sabres, la jeune fille devenue tatoueuse parle de sa passion pour les contrastes. Portrait en rouge et noir.

BPLT: La passion du dessin associée à l’intérêt pour les modifications corporelles vous ont amenée naturellement à devenir tatoueuse?

G.M: Notre corps n’appartient qu’à nous seuls et personne d’autre ne devrait avoir de pouvoir là-dessus. Il n’y a évidemment aucune obligation de le modifier mais d’avoir la possibilité de pouvoir le faire librement c’est fantastique! Choisir un tatouage, c’est s’approprier son corps pour qu’il nous ressemble.

Tout ce qui peut transformer le corps semble vous passionner…

Je suis fascinée par les modifications corporelles qu’elles soient extrêmes ou non, que ce soit de la chirurgie médicale ou esthétique, et par la modification de la peau. Pouvoir changer ce corps qu’on ne choisit pas mais dont on hérite rend la chose très passionnante.

Le visage et le corps féminins sont au centre de votre travail.

J’ai des thèmes qui reviennent comme des femmes immergées dont seul le visage dépasse, ou des masques. J’aime jouer sur les contrastes, mes dessins sont ceux d’une femme fière qui se bat, forte et puissante malgré les blessures. Je ne suis pas que mignonne, dans mes dessins il y a aussi de la force.

Attirée par les chocs visuels des éléments opposés, fan du film Fight club d’où elle a tiré son pseudo Marla, la jeune artiste dessine à merveille et avec autant de précision des sabres qui transpercent les doux corps des filles, des serpents qui s’enroulent sur des blanches mains ou des femmes ornées d’un fléau d’arme que des fleurs voluptueuses. Ses figures féminines qu’elle affectionne sont reconnaissables grâce la finesse de son trait et à ces flashs vifs, sursauts de rouge qui intensifient le côté dramatique de chaque œuvre.

Quel est votre rapport à vos propres tatouages?

Le tatouage définit la personne que je suis. Certains de mes tatouages ont une signification mais la plupart sont simplement esthétiques et tous ont été très thérapeutiques. Encore aujourd’hui, j’ai une relation ambiguë avec mon corps: un doux mélange de haine et d’amour. Pendant longtemps, je ne me sentais pas comme une «vraie fille», je n’étais pas très princesse, j’étais même plutôt animale.

Vos tatouages vous ont libérée de cette lutte?

C’est certainement mon côté sauvage et libre qui s’exprime. Cette passion m’aide un peu plus chaque jour à m’assumer et m’aimer telle que je suis et telle que je me vois. Ça me donne de la force, de la confiance et une agréable sensation de liberté.

D’être une femme vous a posé un problème pour devenir tatoueuse?

Pour ce qui est du domaine du tatouage, j’ai eu la chance de toujours avoir été très bien accueillie et respectée.

Comment se dessine votre futur?

Je pars début juillet à Londres pour rejoindre le shop Femme Fatale qui est aussi politique, complètement féministe, méga-ouvert. Là-bas, les filles sont indépendantes, body-positive et revendiquent leur côté girl-boss.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

© 2019 - Association Bon pour la tête | une création WGR