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ACTUEL / Europe

Le fossé est-ouest du Nutella

D ans un reportage en Slovaquie, «Le Monde» nous apprend que les amateurs de Nutella à Bratislava vont l’acheter en Autriche, toute proche, parce que la pâte aux noisettes y serait meilleure que chez eux. Affaire d’Etat. Le gouvernement, associé à celui de Hongrie qui se plaint du même souci, a interpellé l’Union européenne. Elle se penche sur le problème. Plus sérieux qu’il n’y paraît. Parce que tous les pays dits de l’est constatent un «double standard». Les multinationales y refilent des produits de moindre qualité. Un malaise entre les anciens et les nouveaux membres de l’Union qui n’a rien à voir avec les migrants et avec les normes démocratiques. Juste un sentiment d’être considérés en général comme des citoyens de deuxième zone. Une histoire qui remonte loin dans le temps comme le soulignait déjà Bronislaw Geremek avant l’entrée de son pays dans l’UE.

Une amie polonaise nous le confirme: «Nous constatons cela depuis des années. Et pas seulement avec le Nutella. Avec le Coca-Cola, le chocolat, les produits de nettoyage, les vêtements, et même avec le thé en sachets!» Cette consommatrice attentive qui voyage beaucoup entre la Grande-Bretagne et la Pologne en est sûre: les marques les plus prestigieuses, comme Lipton, profitent d’économiser sur la marchandise dans les marchés de l’est.

Dans toutes les villes, à côté des centres commerciaux classiques, sont apparus des petits marchés parallèles, avec des produits locaux, des fringues… et des produits de marque importés d’Allemagne. A l’intention des acheteurs qui ont remarqué les différences de qualité sous les mêmes labels. Ils sont de plus en plus nombreux car les Polonais voyagent beaucoup, émigrent et reviennent.

Alors? Fantasme paranoïaque ou pas? Plusieurs analyses de laboratoires indépendants ont bel et bien constaté des différences entre les recettes des mêmes produits de marque. Et les fabricants ne le nient pas. Ils ont un argument-béton. «Nous nous adaptons aux goûts particuliers de chaque pays.» Ainsi, les Tchèques voudraient un Coca-Cola plus sucré qu’en Suède ou en Allemagne. La crème à tartiner de la même marque devrait être plus onctueuse en France qu’en Slovaquie parce qu’on l’appliquerait sur du pain blanc et non pas noir… Etc.

Ce que ne disent pas les multinationales, c’est qu’elles jonglent aussi avec les prix et les quantités pour un emballage semblable partout. A la défaveur des consommateurs de l’est, jugés moins vigilants qu’à l’ouest.

Nestlé, mis en cause en Hongrie, rejette tout reproche. Son Nesquik Opti-start, est fabriqué dans ce pays pour plusieurs marchés européens de l’ouest comme de l’est. Il est admis cependant que certains produits sont adaptés aux goûts particuliers des uns et des autres. Ainsi le potage Maggi aux boulettes de foie en contiendrait davantage en Hongrie qu’ailleurs. Le comptage est très controversé en Slovaquie!

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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