Média indocile – nouvelle formule

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Après Claude-Inga Barbey, voici Blanche Gardin clouée au pilori de la nouvelle bien-pensance. Accusée d’être «une machine de guerre contre le féminisme», le vrai, «le féminisme militant, le féminisme radical, d'aujourd'hui». C’est Daniel Schneidermann, autrefois excellent journaliste, qui lance la chasse sur son site «Arrêts sur image». Broutilles au regard de l’histoire? Pas sûr.



On n’a pas tout dit sur la vindicte qui a frappé Claude-Inga Barbey. Sa vidéo mettait le doigt sur une crainte justifiée, le traçage tous azimuts dans une version soft de ce qui se passe en Chine. Parler de racisme est aberrant. Les humoristes ont droit à la caricature. Les Suisses allemands ne grimpent pas aux rideaux parce qu’un rigolo de cantine lâche le mot «bourbines», pas plus que les Genevois traités de «grandes gueules». On peut rire ou pas. Mais la grandiloquence indignée a de quoi inquiéter sur ce que deviennent nos libertés. Entendre Martine Brunschwig Graf, cette ancienne magistrate de haut vol, aujourd’hui présidente de la Commission fédérale contre la racisme, prendre des grands airs affligés à propos de Claude-Inga, cela indique que quelque chose se détraque dans nos têtes. Une nouvelle morale envahit tout. Plus le droit de mimer un visage chinois, plus le droit à l’autodérision grinçante, plus le droit d’ironiser sur les nouveaux tabous écolo-féministes… Les gardien du nouveau temple veillent. Aussi absolutistes que ceux d’antan au sein de l’Eglise ou des idéologies totalitaires. Comme dit Blanche Gardin: «Dieu est mort et nous devenons pour nous-mêmes nos propres prophètes à vénérer, nos disciples à guider vers la bonne voie, nos victimes à plaindre. Penser contre l’époque ne signifie pas forcément la dévaloriser.»

Que lui est-il arrivé? Dans sa mini-série «La meilleure version de moi-même», diffusée sur Canal Plus, Blanche Gardin incarne son propre rôle dans une autofiction totalement délirante. Souffrant de terribles troubles intestinaux, l'actrice va voir naturopathe, hydrothérapeute, chaman et magnétiseur qui la conduisent à changer de vie. Blanche s'«éveille», se conscientise, s'adonne aux médecines douces et «écoute son corps». Elle se fait diagnostiquer «neuroatypique haut potentiel»… Dans un exercice acrobatique, elle se moque d’elle-même, de ses névroses et des manies de l’époque. Il faut dire qu’elle ose tout, elle parle beaucoup de caca et de sexe. Elle rit de tout, de ses propres dérives et de celles des autres, elle fait rire son public et en fait fuir une partie. C’est le jeu!

Mais le gourou d’une certaine gauche, Schneidermann, va plus loin. Il désigne Blanche Gardin comme le bras anti-féministe de Bolloré, le milliardaire, le tireur de ficelles de la droite dure qui contrôle Canal Plus. Où apparaît - aïe! - la redoutable humoriste. Le complotisme sévit partout. Et d’ailleurs ne serait-il pas temps de se demander qui a financé en sous-main Claude-Inga Barbey pour ses pointes contre le système chinois? Les services secrets américains qui veulent dresser tout l’Occident contre la Chine? Haha… Encore heureux que l’ambassade chinoise à Berne n’ait pas tiqué. Lorsque la marque italienne Dolce&Gabbana à la conquête du grand marché a cru fin de publier une image où une Chinoise mange des spaghettis avec des baguettes, ce fut le tollé et l’effondrement du business, avec une perte estimée de 500 millions de dollars.

Mais là on est sur un autre terrain. Si les humoristes ne piquent pas un peu, ne choquent pas un peu de temps à autre, ils deviennent vite moins drôles, moins nécessaires peut-on dire. On est rassuré, il s’en produit plusieurs qui savent pratiquer l’humour convenable. Ils se gardent d’ailleurs bien de soutenir leur collègue démolie sur les réseaux sociaux. L’un d’eux s’est même fait une spécialité de se produire dans les fêtes d’entreprises où il égratigne celles-ci avec une délicatesse telle que les directeurs l’applaudissent à la fin.

Si la liberté du rire décapant s’émousse, c’est la nôtre à tous qui s’en va à vau-l’eau.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

11 Commentaires

@bouc 31.12.2021 | 01h40

«D'accord.
Luc Recordon»


@XG 31.12.2021 | 05h41

«Triste reflet d'une époque inquiétante où toute opinion, pensée, remarque déviant de la doxa bien pensante est immédiatement jetée aux gémonies. Les rares qui osent encore sont qualifiés à choix de: complotistes, racistes, climatosceptiques, homophobes, antivax et j'en passe. L'avenir risque d'être bien terne. Je suis bien contente d'avoir cinquante ans et pas vingt actuellement. Et j'en profite pour remercier Bon Pour La Tête pour ses articles qui sortent du moule de la pensée unique colportée par les médias de grand chemin. »


@Debali 31.12.2021 | 09h31

«Merci Jacques Pilet de cette brève analyse qui mériterait une diffusion bien plus large. Inquiétant de constater que nombre de ces moralistes qui veulent définir ce pourquoi nous aurions droit de rire sont politiquement marqués à gauche ( voir également le débat à Infrarouge sur le thème ou Claude Inga-Barbey était sauf erreur opposée à Dominique Ziegler ).»


@Déconnexion 31.12.2021 | 09h58

«Heureusement, on peut encore lire un "média indocile" dans le monde alors que tant ne supportent plus l'indocilité et voudraient la voir disparaître. Parce que quand même monsieur, tous ces gens qui pensent autrement, ça dérange. Pire, on pourrait se poser des questions ! Vivement qu'on soit tous chinois, là bas pas de problème d'indocilité !
Merci BPLT, merci JP.»


@Tom Gonthier 31.12.2021 | 17h12

«Merci bien pour ces quelques mots, il aurait fallu en dire plus, parce que ce n'est pas anodin. La bien-pensance est en fait de la non-pensance. Et enfin, Thomas Wiesel, pourquoi ne pas le nommer, ce jeune vendu ?»


@leti 01.01.2022 | 13h44

«Merci Monsieur Pilet pour votre bon sens et merci à tous les humoristes qui osent encore. Claude-Inga Barbey va me manquer énormément. Une lectrice de 54 ans.»


@Christode 01.01.2022 | 13h59

«Eh bien oui, bientôt plus le droit de rien; même pas celui d'être malade. On est vraiment tombé sur la tête, à tel point que plus rien ne peut désormais nous étonner...
»


@Bob28 01.01.2022 | 16h31

«Hier, mon fils (auquel j'avais confié mon addiction), m'a apporté 4 têtes au choco, alias têtes de nègre. J'ai adoré les croquer à haute voix - je suis chez moi à la maison, hein - Ah ! Il y a de l'excellence dans le nègre tout de même ! Et de rire en famille de la connerie du père.
Bien entendu, j'ai la compétence de savoir que l'être humain a le même sang rouge et les mêmes ridicules et grandeurs sous son apparence physique.
Mais bon sang ! De quoi aurais-je ri hier ? »


@Maryvon 02.01.2022 | 08h37

«Tout à fait d'accord avec vous Monsieur Pilet et mobilisons nous sans délai afin de sauvegarder ce bien précieux qui est la liberté d'expression.»


@Zikoutween 02.01.2022 | 09h55

«Merci à Claude-Inga, Blanche et toutes celles et ceux qui osent encore nous faire rire.
Suppression des caricatures dans la presse, censure, quelle dérive !
A quand l’interdiction du carnaval, tradition où l’humour, la moquerie sont la règle ? »


@Michel Rossinelli 03.01.2022 | 23h28

«Ces censeurs prétentieux qui mettent à l'index tout ce qui leur déplaît sont les fossoyeurs de la liberté de s'exprimer qui a été conquise de haute lutte par nos ancêtres. Quant à Mme Martine Brunschwig Graf, on doit se souvenir qu'informée des soupçons d'abus sexuels par Tariq Ramadan sur ses élèves alors qu'elle dirigeait à Genève le Département de l'Instruction publique, elle est restée de marbre. »


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