Média indocile – nouvelle formule

Actuel

Actuel / Des experts d’Unisanté battent en brèche plusieurs idées reçues sur le Covid


PARTAGER

Un colloque organisé le 17 janvier 2023 par Unisanté à Lausanne a mis en perspective la surmortalité liée au Covid en Suisse. A l’aide de solides études statistiques, les experts présents ont confirmé un grand nombre de «théories» considérées jusque-là comme «complotistes», critiquant au passage la couverture médiatique anxiogène de l’épidémie.



Au plus haut de la pandémie de coronavirus, relativiser l’impact du virus sur la mortalité et l’espérance de vie était considéré comme un point de vue au mieux «rassuriste», au pire «complotiste». Désormais, c’est une perspective partagée par des experts reconnus d’Unisanté, le Centre universitaire de médecine générale et santé publique à Lausanne. Dans un colloque organisé le 17 janvier dernier, intitulé «Quelle surmortalité en Suisse au temps du Covid?», Isabella Locatelli, Valentin Rousson (tous deux biostatisticiens) et Valérie D’Acremont (épidémiologiste) ont remis les pendules à l’heure grâce à de solides analyses chiffrées. Taclant au passage, de manière très diplomatique, la couverture médiatique anxiogène de la pandémie. Plusieurs conclusions avancées lors de ce colloque méritent d’être relevées.

Une surmortalité en 2020

Isabella Locatelli a d’abord souligné que la létalité du Covid-19 était de 1% dans le monde (6,7 millions de morts) et de 0,3% en Suisse (14'000 décès). Calculé par millions d’habitants, ce taux varie sensiblement: 0,16% de la population est décédé du Covid-19 en Suisse. Comme l’a rappelé la spécialiste, ces chiffres dépendent grandement de la politique des tests et de la façon de compter les décès. Les taux varient si l’on prend en compte les personnes mortes avec le Covid (à cause d’une autre maladie ou de vieillesse) ou du Covid, sachant que les maladies infectieuses sont rarement à l’origine des complications morbides. Pour cette raison, les études statistiques d’Unisanté ont pris comme indicateur l’excès de mortalité en 2020 et 2021.

Selon les données de l’OFS, la mortalité en Suisse a augmenté de 9,2% (taux standardisé par âge) en 2020. Cette hausse, jugée «modeste», reste néanmoins «inhabituelle» et «exceptionnelle» au vu de la tendance à la baisse de la mortalité depuis les années 1960. Pour l’experte, le Covid-19 est responsable de cette surmortalité, touchant essentiellement les hommes de plus de 60 ans et les femmes de plus de 70 ans. Si la «première vague» de mars 2020 avait l’ampleur d’une «grippe sévère», celle de l’automne était plus étendue et exceptionnelle. En 2021, cependant, la mortalité est revenue à son niveau de 2019. Elle était même plus basse encore pour les femmes et certaines tranches d’âge.

De cette présentation, il ressort la nécessité de relativiser la gravité de l’épidémie de Covid-19. Sa mortalité est comparable au pic observé en 1962, alors sans doute causé par une grippe virulente. Surtout, elle est quatre à vingt fois moins forte que la grippe espagnole de 1917-19 (23'000 décès en Suisse pour une population de 3,3 millions d’habitants), qui touchait essentiellement les jeunes entre 20 et 40 ans (ce qui n’est pas le cas du Covid-19, puisque seule une poignée de personnes de moins de 40 ans sont décédées en Suisse du Covid en 2020-2021). Entre 2015 et 2022, d’ailleurs, aucune vague de surmortalité n’est visible en dessous de 65 ans.

Graphique illustrant la différence d'ampleur entre la chute d'espérance de vie au moment de la grippe espagnole (1917-18) et le Covid (2020), même si cet indicateur présente des limites dans le contexte d’une pandémie. Source : DOI: 10.1371/journal.pone.0274295 

Quelques jours de perdus

Un autre indicateur a souvent été utilisé pour estimer l’ampleur du Covid-19: l’espérance de vie. Une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature estimait par exemple que 20,5 millions d’années de vie avaient été perdues à cause du Covid dans le monde. Dans sa présentation, Valentin Rousson a estimé que la méthode de calcul utilisée pour arriver à cette conclusion était douteuse et problématique. En Suisse, selon ses calculs, quelque 8 mois d’espérance de vie ont été perdus en moyenne. Mais ce chiffre doit être relativisé. Pour le spécialiste, en effet, cet indicateur (l’espérance de vie) est «trompeur dans le contexte d’une pandémie».

Pour quelles raisons? L’espérance de vie permet de quantifier les conditions de mortalité à une année donnée: l'espérance de vie à la naissance est égale à la durée de vie moyenne d'une population fictive qui vivrait toute son existence dans les conditions de mortalité de l'année considérée. En d’autres termes, dans le cas du Covid cela revient à considérer qu’un individu vivrait dans les conditions pandémiques de 2020 toute sa vie! Ce qui n’est évidemment pas le cas en réalité. L’estimation des «années potentielles de vie perdues» permet un état des lieux plus conforme à la réalité. En utilisant cette statistique pour l’année 2020, il ressort des analyses de Valentin Rousson que le Covid a coûté en moyenne 2,4 jours de vie à la population suisse.

Isabella Locatelli est ensuite revenue rapidement sur les chiffres concernant la mortalité en 2022. Selon ses premières estimations, ils devraient être sensiblement identiques à 2019 et 2021, c’est-à-dire sur des niveaux «pré-pandémiques».

Des tests peu fiables

Valérie D’Acremont a souligné enfin que la politique de dépistage de la maladie à l’aide de tests, inédite en elle-même, n’a pas permis d’estimer correctement l’étendue réelle de la maladie au sein de la population. Elle a ajouté que le nombre de cas recensés ne dit rien sur la dangerosité du virus, et n’est donc pas, au même titre que l’espérance de vie, un bon indicateur pour suivre une épidémie. Pour ce faire, la spécialiste a suggéré de revenir à une pratique de santé publique bien connue: le calcul des années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI ou DALY en anglais), qui permet de comparer le poids des différents problèmes de santé entre eux.

Elle a aussi rappelé que le Covid n’est qu’une petite partie d’un ensemble de maladies affectant la santé, parfois plus gravement. Les troubles de la santé causés par le tabagisme, par exemple, ont un impact quatre fois supérieur au Covid sur la mortalité, et ce chaque année (alors que le Covid n’a été véritablement problématique qu’en 2020).

Durant ce colloque, les experts d’Unisanté ont donc battu en brèche un grand nombre d’idées reçues liées à la pandémie. Sans polémiquer sur les mesures prises par la Confédération pour combattre le virus, ni sur les vaccins, leurs conclusions ont le mérite d’être claires et sans appel. Espérons qu’elles contribuent à une remise en question sérieuse du narratif anxiogène propagé durant deux ans par les médias, la Task force ainsi que les responsables politiques. Et qu’elles permettent de recréer des ponts de discussion au sein d’une population clivée sur ce sujet.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

13 Commentaires

@Alain K 20.01.2023 | 10h01

«Merci beaucoup pour avoir rapporté cette étude.
Espérons que tous les décideurs, le monde médical et médiatique et chaque citoyen pourront en tirer quelque-chose d'utile.
Alain Kluvers»


@yeppo 20.01.2023 | 10h02

«Ces conclusions, basées enfin sur des données objectives, confirment pour la Suisse au moins, ce que beaucoup, dont le présent commentateur médecin de famille, ont toujours pensé et exprimé, suscitant à l'époque l'opprobre de la majorité endoctrinée par l'OFSP et la presse main-stream. Par contre je dirais que ces opinions divergentes ont été plutôt à l'inverse du complotisme car basées sur des constats et non sur des théories fumeuses.»


@Roger R. 20.01.2023 | 16h03

«Un grand merci. Pour avoir repris les tableaux de mortalité en Suisse de la confédération sur la période 2015-2021, tableaux excel disponible sur leur site et dont j’a dû par ailleurs complété les formules de calcul pour avoir des totaux !!! je ne peux que confirmer ce que vous mentionnez dans votre article. Cela étant, bien que je sois du camp « complotiste » je pense que les premières mesures au début de la crise étaient justifiées. Par la suite nous avons encore eu de la chance en Suisse d’avoir des mesures « mesurées » contrairement à des pays voisins sux gouvernements hystériques.
Petite parenthèse hors sujet, quoique :
Dire, par exemple, qu’ Ursula Von der Leyen voulait vacciner toute l’Afrique sans demander à qui que ce soit démontre bien que cette élite qui se retrouvait à Davos (aujourd’hui Davos n’est heureusement plus ce qu’il est) n’est pas sortie d’un colonialisme occidental au profit des grandes firmes mondialistes désirant mettre le monde entier à leurs bottes. »


@Maryvon 20.01.2023 | 16h23

«Un grand merci pour la rédaction de cet article et il faut saluer le courage de ces experts qui ont osé émettre un point de vue un peu plus nuancé sur cette pandémie. Le pire, malgré tout aura été le narratif anxiogène de certains médias. Il faut tout de même saluer la chaîne "Léman bleu" qui a fait exception et dont les journalistes ont donné la parole à des personnes qui se posaient tout simplement des questions. Je dirais malheureusement que tout ceci a laissé des traces et a surtout divisé la population. Beaucoup de gens sont devenus méfiants et agressifs car la confiance notamment envers les médias, a pris un sacré coup dans l'aile.»


@Lore 20.01.2023 | 18h06

«Je peine à comprendre comment on peut comparer les statistiques d’une épidémie de la grippe espagnole où les moyens de combattre la maladie (médecine, communication, hygiène etc) étaient biens moindres aux statistiques de la pandémie liée au Covid qui a généré une surmortalité évidente alors que les mesures prises ont été sévères pendant 1 an. »


@Alain Bron 21.01.2023 | 10h57

«Ce qui est exceptionnel, et malheureusement symptomatique de l'état de la presse, c'est que sans cet article, je n'aurai pas eu connaissance des conclusions de ce colloque (ni de son existence).
Merci donc.
Alain Bron, Lausanne »


@simone 21.01.2023 | 21h56

«Merci de ce résumé fort intéressant d'une étude dont je n'avais pas connaissance et dont je n'ai pas souvenir d'avoir lu un compte-rendu dans les journaux ni à la RTS.
Suzette Sandoz»


@Qovadis 22.01.2023 | 15h19

«J’appelle de mes vœux le jour où des experts étudieront avec la même impartialité les effets secondaires des vaccins anti-Covid.»


@Eggi 23.01.2023 | 00h01

«Intéressantes conclusions, mais qui souffrent d'un biais méthodologique fondamental: elles sont tirées tranquillement quelque deux ans après la survenance d'une pandémie, à laquelle il a fallu faire face sans expérience, pour le milieu médical, mais surtout pour les responsables politiques, dont les mesures ont dû influencer d'une manière ou d'une autre les résultats critiqués. Quant aux médias, la plupart d'entre eux ont réagi comme l'attendaient la majorité des lecteurs, ainsi qu'ils le font habituellement; il y a heureusement des exceptions...»


@AlbertD576 23.01.2023 | 11h51

«Le monde occidental déplore une surmortalité 2022 pire que 2020/21. Ce phénomène a été rapporté par les organisations gouvernementales et les médias (Euromomo, INSEE, CDC, CNN, New York Times, ONS, BBC, TDG, Le Temps, etc).

Les antivax ont mis la faute sur les vaccins et les provax sur le covid des non vaccinées. Les fact checkers se sont empressés de mettre les vaccins hors de cause sans preuve sérieuse.

En Suisse, on a publié que cette surmortalité touchait les seniors donc la canicule y avait contribué. Des études bâclées ont mis Covid en cause. Mais ça n'explique pas les pays où la surmortalité touche d'autres tranches d'âge voire les enfants. En Angleterre, la surmortalité a été plus forte chez les 20-44 ans que chez les seniors.

Il serait possible de lever le doute en publiant les décès par cause et status vaccinal. Même si on ne peut pas encore démontrer un lien de causalité directe entre mortalité et vaccination, la quantité de personnes décédées de la Covid qui étaient totalement vaccinées interpelle (échecs vaccinaux). Dans de nombreux pays, le status vaccinal compte bien moins que l'âge en terme de risque.

Au Royaume Uni, les statistiques sont disponibles y compris selon le status vaccinal. Si la Covid explique une partie de la surmortalité, cela n'explique pas (et de loin) la totalité du problème.

La British Heart Foundation (site web officiel) rapporte plus de 30'000 décès de maladies cardiaques que d'habitude durant la pandémie. L'an dernier, durant des semaines, malgré une vaccination record, il y avait plus de 1000 morts qu'à la normale d'un problème cardio-vasculaire. La BHF met la Covid hors de cause sans toutefois incriminer le vaccin. La cause serait une saturation chronique des soins cardio-vasculaires indépendant de la pandémie.

Mais, plusieurs cardiologues mettent pourtant clairement en relation vaccination et risque cardiaque sur la base d'études sérieuses.

Ce qui est choquant, c'est que l'on en parle à peine alors qu'en 2020, nous confinions à chaque pic de mortalité et qu'en 2021, nous avons introduit une quasi obligation vaccinale.

Il semble que la seule obsession de nos autorités soient de mettre le vaccin hors de cause quelles que soient les circonstances.

Ce n'est pas ainsi que l'on va restaurer la confiance.»


@AlbertD576 23.01.2023 | 11h57

«@Eggy,

C'est un peu facile. Votre remarque n'est peut-être valable pour les 6 premiers mois de 2020.

Nous n'avons entendu que des avis d'experts bien tranchés et très sûrs d'eux. Peu de place pour le doute et la contradiction à moins de se faire classer "complotiste". Et pourtant, des études sérieuses sont parues en cascade à partir de fin 2020 qui auraient dû être prises en compte.

Nous avons vécu des mesures extrêmes sous le règne de la pensée unique et, finalement, peu scientifiques.

Et cela a continué en 2022 avec une campagne inacceptable pour le fameux booster bivalent totalement hors contexte et basé sur des informations fausses et non vérifiées scientifiquement.

Il est temps de tout remettre à plat.»


@Chan clear 24.01.2023 | 18h23

«Très Intéressant, on pourrait ajouter qu’on est toujours plus intelligent après.
Et dans quelques années «  Le grand Pardon » à tous ceux qui ont souffert des dommages collatéraux, exclusions, pertes d’emploi, santé…
Nous pouvons nous estimer heureux en Suisse de ne pas avoir eu l’obligation de vacciner les enfants. Affaire à suivre avec un maximum de recul.

»


@Grizm 26.01.2023 | 07h20

«@Eggy (bis): des conclusions similaires avaient déjà été tirées par les mêmes chercheurs début 2021 (https://www.unisante.ch/sites/default/files/upload/pdf-2021-04/CP_Unisante_surmortalite_2020.pdf), mais n'avaient pas été relayées dans la presse. Il n'y a donc pas de "biais méthodologique fondamental" comme vous semblez le penser!»


À lire aussi