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ACTUEL / «Ligue du LOL»

Auto-purge chez les «progressistes»

E n France, une trentaine de journalistes appartenant à des sites et journaux au-dessus de tout soupçon sexiste, ont lourdement fauté en harcelant pendant plusieurs années des femmes – et des hommes – sur les réseaux sociaux. Au-delà du sexisme, c’est le politiquement correct qui vole en éclats, avant peut-être de se durcir encore plus.

«On se doit d’être propre.» Ces mots, je les ai entendus mardi au cours d’une conversation. Ils sont ceux d’une femme de plus de 60 ans, française, juive, en commentaire du scandale de la Ligue du LOL touchant cette partie de la presse faisant en France profession de progressisme. «Quand on se réclame du progrès, on se doit d’être propre», disait-elle donc, rapportant une maxime reçue dans sa jeunesse, lorsque, comme la rescapée des camps Marceline Loridan-Ivens évacuant toute idée d’un Dieu céleste, elle adhéra au Parti communiste – l’Armée rouge avait libéré Auschwitz-Birkenau. Le PC fera beaucoup de déçus, mais cette morale restait valable mardi dernier, jour de nouvelles révélations dans l’affaire des harceleurs et de l’annonce d’une hausse de 74% du nombre d'actes antisémites en 2018 dans l’Hexagone.

Pour se régénérer, le Parti communiste, idéologie totalitaire, pratiqua longtemps la purge interne, l’auto-purge. Il est probable et même à peu près certain que le cas de conscience posé par la Ligue du LOL donnera pareillement lieu à une purge dans la presse concernée – Libération, Les Inrocks, Télérama, entre autres. A compter de 2010, divers collaborateurs de ces titres se sont acharnés sur les réseaux sociaux, principalement Twitter, contre des femmes au profil féministe offrant un angle vulnérable, et contre des hommes manquant à leurs yeux d’assurance.

Un contre-emploi total: comment des journalistes rattachés à des titres et sites clouant au pilori tout auteur de propos jugés sexistes, homophobes et racistes, où plus généralement une police de la pensée s’exerce à plein temps au nom du progressisme, ont-ils pu avoir des comportements à ce point contraires aux valeurs qu’ils défendaient par ailleurs, contre les «réacs», ne crachant pas sur l’insulte?

«Double maléfique»

Justement, la foi dans le progrès ayant reculé en même temps que les utopies matérialistes se cassaient la figure, au point de laisser la place aux gilets jaunes, expression d’un prolétariat perdu, il ne reste de ce temps-là que des apparences, des certitudes un peu factices, du social converti en sociétal, toute chose que ces trentenaires, barons des nouvelles technologies de l’information, ont fait voler en éclats, s’armant pour l’occasion d’un «double maléfique», parfois même pas, un sentiment d’impunité les habitants visiblement.

«Double maléfique»: cette expression avait été celle du jeune romancier Mehdi Meklat, alias Marcelin Deschamps, début 2017, pour expliquer ses «tweets haineux» quand ils furent mis au jour. La même presse, en particulier Les Inrocks et Télérama, avait été très compréhensive, voire complaisante, avec les provocations verbales de la «diversité» issue de la banlieue. Cette encanaillement lui permettait d’oublier un instant qu’elle était payée par des actionnaires très riches. Bref, bien des choses et leurs contraires cohabitaient chez nos «donneurs de leçons», le lot contradictoire de beaucoup d’entre nous, encore faut-il admettre cette banale imperfection humaine. Ils adhéraient à des principes extrêmement moraux, dont ils se libéraient par ailleurs tels des étudiants se bourrant la gueule.

«L’humour a toujours été mobilisé pour asseoir une domination: les femmes, les minorités, les homosexuels… On ne rit pas avec mais on rit de. On conforte cette homosocialité masculine.»

Que ressortira-t-il de la purge à venir? Le «progressisme» – en soi, pas une tare – risque malheureusement de virer plus puritain qu’il ne l’est déjà. Il est à craindre que ne soit confondus la saillie, la provocation, le bon mot (qui, certes, peuvent être de mauvais goût), avec le harcèlement, un comportement pénalement punissable et qui semble constitué dans l’affaire de la Ligue du LOL. Fini de rire! Voici ce que déclare une sociologue citée mardi par l’Agence France Presse: «L’humour a toujours été mobilisé pour asseoir une domination: les femmes, les minorités, les homosexuels… On ne rit pas avec mais on rit de. On conforte cette homosocialité masculine.»

Sans surprise, après le scandale des loleurs harceleurs, le mâle blanc cisgenre (hétéro pur) est dans le viseur de militants multiculturalistes qui entendent purger le progressisme à leur profit. La Ligue du LOL œuvrait dans le milieu le plus politiquement correct qui soit, largement acquis, en surface, au multiculturalisme, à un féminisme empreint de théories, racialisantes d’une part, dégenrées de l’autre. La trentaine de journalistes qui se croyaient maîtres des Hunger Games de la Toile, cette série de films où une caste supérieure jouit du spectacle d’une plèbe qui s’entre-tue pour survivre, se sont tiré une flèche dans les fesses.

A présent, va-t-on vers une guerre des sexes, des races et des genres? Restons-en peut-être à ce principe universel énoncé plus haut: on se doit d’être propre. Ou s’efforcer de l’être, ce qui est déjà pas mal.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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