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A VIF / France

Mais pourquoi diable Macron était-il si mal rasé?

H asard, accident? A d’autres! Une barbe de deux jours sur les joues d’un président s’adressant solennellement à son peuple, ce n’est pas un détail mal maîtrisé. C’est un sémaphore sémiologique. Mais pour signifier quoi? Le mystère demeure. Notre hypothèse exclusive: celle de la barbe hypnotique.

Ce n’est pas que je ne m’intéresse pas au fond de la question. La crise des gilets jaunes me touche et m’interroge. Et lundi soir, j’étais devant ma télé, suspendue à ce moment d’Histoire en direct: Emmanuel Macron, président super mal barré de la République française, allait-il réussir à calmer le jeu et à ramener le pays à la normalité démocratique?  

La réponse sera peut-être plus claire dans quelques jours. Ce qui est sûr, c’est que Macron a mis ses concitoyens à rude épreuve: comment faire, en effet, pour l’écouter sans se laisser distraire par ce gros détail poilu qui lui brouillait les joues et le cou? On clignait des yeux, incrédules: le président de la république est mal rasé? Et on finissait par se rendre à l’évidence: ben oui, oups, il est mal rasé.

Le fait est qu’une joue hirsute ne constitue un détail futile que si l’on a affaire à un homme ordinaire. Là, il s’agit d’un président en exercice, entouré d’une armada de communicants (plus d’une Brigitte attentionnée), faisant une allocution historique à un moment crucial pour le pays. A ce niveau ultra-communicationnel, la marge de détails non maîtrisés est réduite à zéro. Et une barbe naissante ne peut être qu’hyper-signifiante: un véritable sémaphore sémiologique.

On peut donc écarter l’hypothèse, par trop invraisemblable, de l'accident: Macron l’a bel et bien fait exprès. Mais sacré nom d'un Jupiter, dans quel but? Si cette barbe aspire à signifier, c’est pour nous dire quoi?

Il a voulu «faire peuple»?

Au lendemain du discours présidentiel, j’ai lu tous les commentaires, épluché toutes les réactions. Las. Les éditorialistes professionnels ont fait comme s’ils n’avaient rien vu, trop soucieux de ne pas passer pour futiles. La twittosphère, elle, a eu un moment d’effervescence, sur le mode «Ai-je bien vu ce que j’ai vu?» Mais de réponses à la question «Pourquoi a-t-il fait ça?», j’en ai vues très peu. Seule hypothèse émise: il a fait ça pour faire «peuple». En langage twittos, ça donne:


Personnellement, j’ai plutôt lu dans ces poils intempestifs un gage affiché d’implication, voire d’abnégation. Genre: «Je suis tellement bouleversé par votre colère que ça m’occupe jour et nuit, je ne prends même plus le temps de me raser (et même de dormir)». La figure de la mère sacrificielle en version barbue, en quelque sorte.

On notera au passage que personne n’a émis l’hypothèse «plan drague (du peuple, donc)». Pourtant, les magazines nous répètent en boucle que la barbe de trois jours, c’est l’atout-séduction de l’homme d’aujourd’hui. Alors, pourquoi le plan drague est-il exclu? Là, je peux répondre: parce que ce que le Manu nous a montré, c’était une minable barbe de DEUX jours, qui ne ressemblait à rien de même très vaguement sexy.

Mais à y bien réfléchir, la réponse est peut-être encore ailleurs: je crois que les stratèges en com' du président ont audacieusement misé sur l’hypnose. Laquelle consiste, fondamentalement, à distraire votre attention de l’essentiel pour l’égarer dans le superflu. 

L’hypnose est très efficace dans le traitement de la douleur. L’hypnotiseur vous dit par exemple: fixez ma barbe, ma barbe, ma barbe. Et quand vous vous réveillez, vous ne vous souvenez plus de rien. Vous conservez juste l’impression d’avoir passé un moment agréable…

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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