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A VIF / France

Le bon élève aux abois

C rise politique, crise économique, la France est en plein chambardement. Dans le tumulte médiatique. Avec une dimension romanesque: le roi dont on a réclamé la tête! Emmanuel Macron a tout réussi très vite et soudain, tout s’est enrayé. La secousse est rude. Elle se lisait sur son visage tendu. Objet chez beaucoup d’une détestation, il s’est tu longtemps, stupéfait, ne sachant plus que dire et comment le dire. A-t-il trouvé la bonne formule ce lundi soir

Ce n’est pas en apparaissant mal rasé qu’il corrige son image de fort en thème sûr de lui. Il a certes parlé simplement, brièvement, mais il a multiplié les «je veux», «je veux», «je veux». On ne se change pas.

Les mesures annoncées ne sont pas insignifiantes: après l’abandon de la taxe sur les carburants, 100 euros de plus (payés par l’Etat!) pour les smicards, l’annulation d’une taxe sur les retraites, la fiscalisation supprimée des heures supplémentaires. Mais l’impôt sur la fortune n’est pas rétabli. De fait, la France pourrait s’affranchir des règles budgétaires européennes. Ce petit coup de barre à gauche peut-il calmer les révoltés? Pas sûr. Il pourrait aussi les encourager à continuer la lutte pour demander davantage.

Le bon élève secoué a bien revu sa copie. Avec un retard qui lui est durement reproché. Mais a-t-il compris le mal profond de la France? Il n’y paraît pas. La peur. Devant l’évolution de nos sociétés transformées par les nouvelles technologies et la concentration des activités. La colère. Devant l’injustice dans un pays, dans un monde, où la richesse ne cesse d’enfler avec arrogance pour une poignée de privilégiés.

Aucune parole non plus sur le renouveau nécessaire de la démocratie. Sinon un appel aux maires à faire entendre leurs administrés. L’innovation tant vantée, là, est en panne.

Il y a eu trop de mots malheureux chez ce président qui se voulait jupitérien. Chez ce Premier ministre lui aussi trop sûr de lui avant de se prendre les pieds dans le tapis. Les manifestants ont été peu nombreux en comparaison avec de précédents mouvements sociaux mais ils touchaient le nerf sensible. Avec la formidable répercussion de leurs discours divers, les évènements ont pris une dimension historique. Le président l’a dit. Le mot n’impressionnera pas les RAFRAF: les adeptes du «Plus rien à faire plus rien à foutre»! Une catégorie sociale nombreuse ainsi définie par le politologue Brice Teinturier.

Bref, l’électrochoc attendu par beaucoup n’a probablement pas eu lieu. Le flottement du pays durera. Sa division aussi. Avec l’affrontement de rêves antagonistes. Avec bien plus de risques que d’espoirs. Si ce n’est pour les petits malins, plus ou moins tapis derrière les lignes, qui attendent leur heure.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

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