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A VIF / CORONAVIRUS

Les maux des enfants confinés

F rance Inter, entre autres radios, donne largement la parole aux auditrices et auditeurs. C’est parfois accablant de banalité, parfois fort intéressant. Ainsi, ce mardi, une tribune leur a été offerte pour témoigner des effets du confinement, très strict en France, sur les enfants.

On a ainsi découvert quelques manifestations des troubles dus à l’enfermement. Une maman raconte que sa fillette, neuf ans, a soudain déclaré ne plus pouvoir mâcher. Elle n’accepte que les purées. Persuasion douce, explications… Rien n’y fait.

Une grand-mère au parler fort clair et délié explique que son petit-fils, douze ans est un garçon agréable, bon à l’école, très réveillé, il fait du judo, suit même des cours de harpe avec une monitrice sur Whatsapp. D’un coup, après un mois de confinement en famille, il devient méconnaissable: agressif, toujours en colère, il chambarde sa chambre et va jusqu’à donner des coups de pieds dans les jambes de sa mère, totalement éberluée et désemparée.

Une autre s’inquiète de voir sa fille pré-adolescente sombrer dans la tristesse, en raison, dit la petite, des soucis économiques de ses parents menacés de perdre leur emploi. Le pédopsychiatre de service affirme qu’il reçoit en grand nombre de tels témoignages. Pour lui, il s’agit des signes de dépression enfantine. Elle peut aussi se traduire par des troubles du langage, du mutisme, de la digestion, ou un comportement «collant». Ce spécialiste estime que les risques psychologiques de cette situation sont bien plus grands que ceux liés à une infection au virus, rares à ces âges. Ses conseils: les parents doivent beaucoup parler à leur progéniture, parler calmement de leurs préoccupations et leur montrer des raisons d’espoir, de prochaines améliorations en vue. Et puis, pour tous ceux qui n’ont pas pu reprendre l’école cette semaine, trouver dès que possibles des activités extérieures, rouvrir au plus vite les centres de loisirs, reprendre le sport sans se fixer excessivement sur les précautions sanitaires.

En Suisse, les spécialistes s’inquiètent aussi. La pédiatre bernoise Suzanne Stronski et la co-présidente de l’association Adipositas, Dagmar ’Allemand, insistent dans la NZZ sur le problème de la prise de poids chez les enfants en manque de mouvement et mangeant trop du fait du stress. Ils accumulent facilement un kilo par mois et ont peine ensuite à s’en débarrasser. La plupart restent en surpoids à l’âge adulte. Recommandation: une heure d’exercice physique par jour.

On se demande dans quel état ont survécu des enfants frappés avec leur famille par des évènements bien plus terribles. En Syrie, en Libye, et dans tant d’autres terrains de guerre. Curieusement les témoignages des rescapés aux effroyables bombardements de villes pendant la Seconde guerre mondiale évoquent peu le sujet. Il semble même que les jeunes et les tout jeunes ont repris pied, au milieu des ruines, retrouvé leurs jeux et leur entrain plus rapidement que leurs parents ne sortaient du cauchemar, longtemps encore en butte à des conditions de vie extrêmement difficiles.

Comparaison n’est pas raison. Mais le chapitre de la résilience enfantine dans notre situation n’est pas clos. Dans les écoles rouvertes, on parle tous les jours de la maladie, des mesures prises, des limitations imposées. Comment grandit-on dans la peur?

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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