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A VIF / Bex Arts 2017

Bex & Arts & Bis & Repetita

V isiter la triennale de sculpture Bex & Arts, c'est s'apercevoir que le temps peut vraiment s'arrêter. Depuis des lustres, les mêmes artistes plantés sur leurs acquis se partagent les lieux. Un Raboud par ici, un Dana par là, un Krähenbühl au loin: autant de sentinelles immuables. Reste le dialogue des œuvres avec le magnifique parc Szillassy, lieu idéal de balade.

L’exposition de sculptures en plein air Bex & Arts est placée cette année sous le thème de l’«Energie». Un choix valise, prêt à accueillir de multiples propos esthétiques et considérations contemporaines. Quelle œuvre, quel artiste n’est-il pas doté de sa propre «énergie»? Quelle œuvre, quel artiste d’aujourd’hui ne se préoccupe-t-il pas de la dynamique instable du climat ou de l’insatiable flux numérique? Positive ou négative, l’énergie est partout, en particulier dans l’art. 

En l’occurrence, mieux vaudrait parler d’entropie. A Bex, dans le superbe parc Szilassy, plus rien ne bouge. Depuis le siècle dernier, telles des sentinelles immuables, les mêmes sculpteurs se partagent les lieux. Tous les trois ans, coucou les revoilà, André Raboud, Etienne Krähenbühl, Yves Dana, Gaspard Delachaux ou encore Olivier Estoppey font du Raboud, du Krähenbühl, du Dana, du Delachaux et de l’Estoppey. Peu importe les décennies qui passent, eux restent fidèles à leur pierre ou à leur fer, à leur forme et à leur idée.

Si bien que pénétrer dans ce jardin extraordinaire, à chaque édition de Bex & Arts, peut prendre la forme d’un jeu. Deviner où sont installés le monolithe de l’un, la stèle de l’autre, le mobile oxydé de celui-ci, les créatures de ceux-là. Les règles du jeu peuvent s’étendre à Nicola Zaric ou Daniel Schlaepfer, eux aussi habitués des lieux. Avec une difficulté pour ce dernier: lui a l’exigence de se renouveler de triennale en triennale.

Il ne s’agit pas de déprécier ces artistes, plutôt de questionner une manifestation qui reste plantée dans ses acquis, comme l’aiguille géante à l’entrée de Bex & Arts 2017 est fichée dans la terre. Un effort est certes consenti à chaque édition d’aller chercher d’autres expressions, d’autres créateurs, parfois avec réussite, parfois sans convaincre.

L’actuelle édition est jalonnée d’heureuse interventions. Comme l’’installation sonore du compositeur Pierre Mariétan, dont les sonorités d’outre-tombe jaillissent d’un bois. Les sculptures fluides de Laurent de Pury et Yves Boucard. Ou le pavillon expérimental du FabLab, où les machines à commandes numériques cliquettent à tout va.

Mais que dire de ce trou inepte dans le sol, baptisé avec emphase L’origine du monde (Courbet aurait dû garder le copyright de son fameux titre et ne le céder à personne). Comment réagir à cet amas de cailloux dorés au fond d’une fosse? Cette structure métallique rouillée? Ce poteau moche qui porte l’enseigne auto-référentielle «sculpture»?

Bien heureusement, l’ensemble sculptural est sauvé par son dialogue avec la nature environnante, la successions des plans, les points de vue, ce cirque de montagnes qui protège un écrin de verdure où rien ne change, sauf le ciel au-dessus des têtes.


Bex & Arts Triennale de sculpture contemporaine, Propriété de Szilassy, Bex (VD)

Du 4 juin au 15 octobre 2017






Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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