keyboard_arrow_left Retour
CULTURE / L’art, là où on l'attend pas

Triennale sur une autoroute

L e Relais du Saint-Bernard sur l’A9 reçoit la 4e Triennale d’art du Valais. Lieu improbable pour une manifestation d’art contemporain, 30 artistes confirmés, d’ici et d’ailleurs, investissent l’espace hybride, entre mécanique et nature, la plupart avec des œuvres créées pour l’événement. Pause ludique jusqu’au 22 octobre.

Le Relais du Saint-Bernard, vue en direction du Valais avec les œuvres de Lang/Baumann (Comfort #16) et Eggs & Bitschin (Pylône) au centre.

Sortie de route aux portes du Valais 

«L’autoroute agit ici comme une métaphore de l’art», raconte Simon Lamunière, pour expliquer son choix du Relais du Saint-Bernard. Curateur pendant 12 ans de Unlimited à Art Basel et curateur de l’exposition principale de la Triennale, Lamunière rappelle combien le monde de l’art ressemble à une autoroute qui draine les foules: «Aujourd’hui, il y a des foires et biennales partout!». Il voulait proposer «une sortie de route» pour cette Triennale. 

En plus des éléments classiques d’une aire autoroutière, le Relais du Saint-Bernard et sa zone de loisirs réunissent sur un kilomètre carré toutes les caractéristiques du Valais: lacs, plages, carrière, éolienne, ponts, tunnels, rivière, canal, cultures maraîchères et viticoles mais encore un parc d’attraction à la thématique du western. «Des lieux sublimes. Il ne manque que la montagne!»

Vue aérienne du Relais du Saint-Bernard où se mêlent station-service, restaurant, office de tourisme, loisirs et, jusqu'au 22 octobre, art.

La force du contexte

Pourfendeur d’une relation moins marchande à l’art, le curateur s’interroge sur la capacité pour l’art de garder sa valeur prospective. Dans son développement fulgurant, il observe une simplification du discours artistique et un rapprochement au monde du spectacle.


«L’art sert-il encore à changer le monde ou du moins à le voir différemment?»

Simon Lamunière, curateur

Il n’y a pas de courage sans danger, pas de plaisir sans audace, et pas d’art sans prise de risque, suggère-t-il. Placer la Triennale dans «un environnement quelque peu vulgaire de la marchandise et des pompes à essence», permet aux œuvres «d’entrer en résonance avec leur environnement et de s’y manifester vertement».

«Une exposition "déroutante": une aire d’arrêt pour les véhicules et pour l’esprit», résumait la présidente de la ville de Martigny, Anne-Laure Couchepin Vouilloz lors de l'inauguration de l'événement. 

30 artistes

Accompagné par les curatrices Véronique Mauron Layaz et Julia Hountou, Lamunière a rassemblé une belle brochette d’artistes, Pipilotti Rist, Romain Signer et Gianni Motti pour les «anciens» – des stars du circuit international – et Sandrine Pelletier, Valentin Carron et Mirko Baselgia, parmi les jeunes talents protéiformes. 

«80% des œuvres ont été réalisées pour la Triennale», se réjouit le curateur. 

Belle surprise, il y a pas mal d'humour dans cette forme de land art à caractère social où des objets détournés épousent néanmoins le paysage. Voir florilège dans la galerie d'images.

Lang/Baumann, Comfort #16: œuvre au centre du lac de loisirs que des enfants ont tenté de s’approprier en grimpant dessus, un usage pour lequel elle n’était pas conçue!

Lieu paradoxal, public hétérogène 

«Il y a sur ce lieu des réalités très croisées, essentiellement des gens qui ne vont pas dans les foires, mais il est difficile d’imaginer ce qui va en ressortir, observe Simon Lamunière. Ce qui est intéressant, c’est de toucher un public de passage, multi-social, international, qui arrive avec des intentions diverses.»

L'idée, ajoute-t-il, est d’offrir les œuvres à un premier regard, en espérant que les personnes auront la curiosité de revenir.

«Mais on ne maîtrise pas les réactions.»


Delphine Reist, le Surveillant: 3 paires de bottes de pêcheur essaiment la Triennale. Cette œuvre est à l’origine d’une polémique sur les réseaux sociaux alimentée par les pro et anti-art contemporain, un journaliste ayant prétendu qu'une tong abandonnée au pied d'un arbre était aussi de l'art.


Triennale 2017 Valais/Wallis

  • Jusqu'au 22 octobre
  • Sous le chapeau de l’association LABEL’ART et la conduite du chargé de projet, Marcel Henry, 16 institutions culturelles du Valais entre Monthey et Brigue participent à la Triennale, dont la Ferme Asile, le Manoir de la ville de Martigny et la Fondation Louis Moret. 
keyboard_arrow_left keyboard_arrow_right

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR