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CULTURE / Cinéma

Le potentiel inexploité du Cercle

«The Circle», cinquième long-métrage de James Ponsoldt, sort cette semaine en Suisse romande. Le film de science-fiction americano-emirati dont l'intrigue prend place dans un futur proche aux Etats-Unis est adapté du roman éponyme de Dave Eggers sorti l'an dernier.

Mae Holland (Emma Watson) est engagée dans la mystérieuse compagnie gérée par Eamon Bailey (Tom Hanks), The Circle, la plus prestigieuse dans les domaines relatifs aux nouvelles technologie et aux médias sociaux. Rapidement les limites entre vie privée et vie publique vont émerger, laissant peu de place à la liberté individuelle de chacun: l'idée est claire, on ne doit rien se cacher et tout savoir des autres. Prise dans cet engrenage, Mae Holland va devoir faire des choix d'envergure qui auront un impact sur ses proches et sur elle-même. Hélas, malgré l'intrigue intéressante qui fait écho à nos réflexions d'aujourd'hui, le film, en voulant trop en dire, ne dit pas grand chose.

Détruire pour s'enrichir

Mae travaille seule, confinée entre trois parois – au sein d'une compagnie qui n'en n'est pas une selon son amie Annie Allerton (Karen Gillan). Sur la route qui la ramène chez elle, sa voiture tombe en panne – elle est secourue par un ami qui l'aime davantage qu'elle ne l'apprécie. On découvre ensuite que son père est atteint de la sclérose en plaques. Finalement, on lui annonce que sa vie va peut-être changer: elle a décroché un entretien d'embauche à The Circle, où les maîtres mots sont «communauté», «communication», «connecté». Un lieu où les faits et gestes de chacun doivent être visibles sur le cloud, mais qui paradoxalement contient beaucoup de secrets – «viens je vais te montrer un truc que tu n'as pas le droit de voir».

Voici le concentré des premières minutes... et déjà tant d'informations! C'est peut-être cela le plus dérangeant dans The Circle de James Ponsoldt, réalisateur de Off The Black, Smashed, The Spectacular Now, The End Of The Tour: il amoncelle les données pour enrichir les personnages, mais c'est l'effet inverse qui se produit. A croire parfois qu'Emma Watson elle-même n'est pas parvenue à cerner Mae Holland et à lui donner une réelle profondeur psychologique. Quant au personnage d'Eamon Bailey, évoquer un fils handicapé afin de justifier ses actes et ses idées fonctionne peut-être auprès de l'assemblée de célibataires sans enfants vivant en immersion sur «le campus» agrafés à leur téléphone et autres tablettes, mais difficilement avec nous. C'est trop gros, trop souligné, trop surligné. Dommage, car le rôle du patron-papa d'entreprise convient parfaitement à Tom Hanks. Il aurait mérité plus d'espace, plus de temps, plus d'attention.

Anecdote comique: Mae rejoint Ty Lafitte (petit révolutionnaire joué par John Boyega) pour lui parler. Il est seul, pianote sur son téléphone aux abords d'une fête qui bat son plein. A ce stade de l'histoire, elle ignore tout de lui. Un échange s'ensuit. Il lui propose un verre et, tel un magicien faisant sortir un lapin blanc d'un chapeau haut-de-forme, Ty extrait une bouteille du buisson qui se trouve devant lui! La scène est absurde.

Personnages inconsistants

Le jeu d'acteur? Il manque d'épaisseur: Annie qui exulte en agitant compulsivement ses cheveux en apprenant qu'elle a un entretien à The Circle ou Ty Lafitte qui reconnaît en Mae une tierce personne (ah bon?) Le tout manque cruellement de subtilité.

Même le personnage de Mae possède quelques caractéristiques ennuyantes. Impossible de se détacher de l'élève modèle qu'Emma Watson incarne dans Harry Potter. Ici, c'est une Hermione du futur qui répond qui travaille comme une forcenée, mais qui n'a, contrairement à la petite sorcière, pas une once d'indépendance. Mae est une vendue influençable, un cerveau disponible qui propose les bonnes idées au bon moment. Mais ses réactions sont illogiques par rapport aux événements qui se déroulent autour d'elle. Ponsoldt n'a pas su rendre clairs les personnages, leurs réactions. Mae est-elle «une vraie personne ou un robot?». On se le demande également.

«De quoi avez-vous le plus peur?», demandent les RH lors de son entretien d'embauche. «Du potentiel inexploité», répond Mae. L'exacte impression que nous laisse ce film.


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