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CULTURE / Coronavirus

Le chant choral réduit au silence

L e chef d’orchestre Luc Baghdassarian fait le bilan: le déconfinement d’avril 2020 a été suivi par deux mois d’interdiction de rassemblement de plus de cinq personnes, avec des mesures de distanciation à trois mètres pour les choristes, puis par les vacances d’été. Le Chœur Symphonique de Vevey n’a ainsi pu reprendre le chant qu’au mois de septembre, juste avant que, début décembre, le conseil fédéral n’interdise avec effet immédiat le chant en chorale. Cela n’a pas seulement péjoré la trésorerie du chœur, mais aussi la technique de chant des choristes.

Le regard de Luc Baghdassarian, pointé sur l’église de St-Martin à Vevey, est tout à la fois rêveur et songeur. En tant que chef d’orchestre, il donne depuis des décennies des concerts entre ces vieux murs qui ont la réputation de créer une qualité de son extraordinaire. Comme par ailleurs la salle fraichement rénovée Del Castillo à Vevey. Avec ces deux salles et la passion de nombreuses personnes, le monde de la musique classique se porte assez bien à Vevey et dans la région.

Mais le 13 mars de l’an dernier, lorsqu’il a entendu à la radio que la Suisse allait fermer les écoles, arrêter l’économie et appliquer un confinement strict, le ciel − véritablement noir ce jour-là – est tombé sur la tête de Luc Baghdassarian et des 90 choristes du Chœur Symphonique de Vevey. Plus de chant, plus de concerts, plus de rencontres. Tout a été arrêté, reporté puis annulé quand même.

Durant ces 10 mois de pandémie, le chœur n’a pu se réunir qu’en septembre et en octobre, avec des mesures sanitaires bien strictes qui ont rendu impossible les exercices dans le local de chant. Les concerts annulés ayant fragilisé la trésorerie du chœur, la ville de Vevey a mis gracieusement à sa disposition l’église St-Martin pour qu’il puisse appliquer les règles de distanciation. Durant deux mois, le chant a repris, la perte qualitative a été comblée, sans aucun cas d’infection au covid à déclarer. Tout a pris fin abruptement: l’interdiction du chant en chorale, jusqu’à nouvel avis, est tombée début décembre.

Rencontres virtuelles

Comme souvent quand des contraintes sont imposées, les idées jaillissent. Très vite, Luc Baghdassarian a mis en place des rencontres virtuelles pour rester en contact avec les chanteuses et les chanteurs. Chanter en chœur via des plateformes digitales n’est pas possible. Dans la musique classique, la technique du chant est si pointue qu’il faut un son de haute qualité, chose que les plateformes digitales ne sont pas encore capables de produire. En plus, la transmission de l’image et du son via internet sont différées de deux dixièmes de seconde, ce qui empêche un entrainement collectif avec un chef d’orchestre. Luc Baghdassarian utilise alors ces rencontres virtuelles pour faire découvrir à ses choristes sa passion de la musique classique. Toutes les semaines il présent un compositeur, une pièce ou une histoire passionnante du monde de la «grande musique». Pour le chef d’orchestre, la chose la plus positive − il faut toujours voir le positif dans des situations extrêmes − est d’avoir du temps pour faire plus connaissance avec les chanteuses et chanteurs. Ils nourrissent et partagent une passion toute en discutant, chose qui se faisait seulement lors des pauses pendant les répétitions.

Une technique exigeante

Cet échange virtuel permet à bien de personne de ne pas sombrer dans une morosité totale. Parce que, on le sait, le chant est bon pour la santé. Les recherches neuroscientifiques relèvent que chanter active des régions très étendues dans le cerveau et amène une satisfaction indéniable. Les chanteurs eux-mêmes, quand on les interroge, disent tous qu’ils n’ont pas besoin de psychiatre car le chant est une thérapie en soi. Le fait de donner de sa personne, de profiter du génie des compositeurs et de la passion du chef de chœur, de vivre l’engagement de l’équipe, la reconnaissance du public, tout cela est extrêmement satisfaisant. Mais le chant choral, c’est aussi la technique. Il faut entrainer le diaphragme et les abdominaux, et, comme dans tous les sports d’équipe, s’entrainer régulièrement ensemble pour fournir un effort collectif et contribuer au résultat global qu’est le concert. La voix, il faut la forger. C’est un apprentissage et il faut ensuite cultiver le niveau. Il faut savoir gérer le volume, l’endurance, maîtriser les partitions, gagner des notes du côté des graves ou des aigus. 

Alors que se passe-t-il le jour, où le gouvernement autorisera à nouveau le chant dans une chorale? Luc Baghdassarian, qui est très pessimiste quant à la date de la reprise, pense d’abord au grand travail à faire pour récupérer la perte technique engendré par plus d’une année sans répétition, sans scène et sans rencontre.

 


Pour pour visualiser et écouter les travaux de Luc Baghadassarian et du Chœur Symphonique de Vevey

https://www.csvevey.ch/extraits-musicaux

 


 

Biographie de Luc Baghdassarian

Luc Baghdassarian est un homme élégant aux traits fins, avec un regard qui brille. Quand il parle de la «grande musique», on ressent immédiatement une fierté, un amour inconditionnel, une vraie passion. Né à Genève, il a accompli ses études au Conservatoire Supérieur de Musique de Genève et obtenu son diplôme de direction d’orchestre avec Arpad Gerecz. Un premier prix de virtuosité de piano a suivi. Puis il a été invité dans plusieurs orchestres dans le monde entier, de Paris à Bucarest, de Lausanne en Arménie et New York. En 2015, il fonde l’ORS – l’Orchestre Riviera Symphonique, et l’OVS – l’Orchestre des Variations Symphonique, nouvelle phalange professionnelle de l’arc lémanique. Aujourd’hui, il assume la direction artistique de l’Orchestre des Gymnases Lausannois et du Chœur Symphonique de Vevey.


Luc Baghdassarian. © DR

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