Culture / Combat existentialiste dans le Caucase
«Voyage au Karabakh», Aka Mortchiladze, Les Editions Noir sur Blanc, 208 pages.
Comment qualifier ce voyage au Karabakh? Aventureux, désespéré, initiatique? Gio est un jeune Géorgien de Tbilissi, le fils d’une sorte de chef de clan plutôt riche. Il part acheter de la drogue en Azerbaïdjan avec son pote Gogliko, une tête brûlée. Ils y vont en voiture. L’histoire se déroule en 1992, toute la région est plus ou moins en conflit. Une grande tristesse étreint Gio: il a dû abandonner la femme dont il était amoureux et qui attendait un enfant de lui car ni son père ni ses amis ne pouvaient admettre ce qu’ils considéraient comme une mésalliance, cette femme, Iana, étant une prostituée. Gio et Gogliko se perdent et se retrouvent dans la zone de guerre du Karabakh. Ils sont arrêtés par des Azéris, puis Gio est libéré par des Arméniens qui l’emmènent dans leur camp. Très vite, le jeune homme se demande s’il n’est pas devenu un otage à échanger, mort ou vif, contre de l’argent. Il traine sa peine et ses doutes au milieu des hommes en armes. De qui et de quoi est-il vraiment prisonnier? De sa culture, c'est sûr, peut-être de lui-même avant tout. C’est un livre postmoderne au sens où la morale n’en est pas le sujet principal. Mis à part les décors et la réalité historique, Gio pourrait être un jeune Etatsunien, un jeune Vénézuélien, un jeune Sénégalais, un jeune Italien, ou nous… A qui et à quoi obéissons-nous? A quel moment nous révoltons-nous, de quelle manière? C’est un récit plutôt existentialiste mais qui documente bien la culture caucasienne et la violence non-spectaculaire des guerres. «Ce livre parle d’un homme honnête mais malchanceux, écrit l’auteur dans son introduction, les mains liées par son ignorance, quelqu’un qui ne savait pas grand-chose du monde autour de lui, mais qui a réussi à comprendre ce qui n’allait pas, ce qui ne fonctionnait pas, et qui s’est battu pour s’en sortir et pour s’en échapper.»
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