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Culture / «Avatar 2», un film hors du temps


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Treize ans après le succès historique du premier opus, la licence Avatar revient sur le grand écran avec «Avatar, la voie de l’eau» sorti le 14 décembre dernier au cinéma. S’il est encore un peu tôt pour dire si cette suite dépassera les sommets atteints par l’original au niveau commercial, nous pouvons d’ores et déjà dire que c’est un film hors du temps, que ce soit au niveau de sa conception, de sa durée et du contexte hollywoodien actuel. Explications.



Treize ans, voilà le temps qui séparent les deux premiers films Avatar, soit une éternité pour les fans les plus assidus de la franchise crée par le réalisateur à succès canadien, James Cameron (Titanic, Terminator, Aliens). Aucune production cinématographique grand public n’avait suscité une aussi longue attente depuis Star Wars, puisqu’il y a 16 ans entre la fin de la trilogie originale (1983) et le premier épisode de la «prélogie» (1999). Et les attentes étaient grandes puisque James Cameron avait annoncé très tôt son souhait de produire de nombreuses suites à Avatar après le succès gigantesque de ce dernier dans les salles obscures en 2009. Après de nombreux reports et des effets d’annonces pour le moins chaotiques, la série des quatre suites d’Avatar est enfin lancée et devrait se poursuivre jusqu’en 2028 si tout va bien, à coup d’une sortie tous les deux ans. Si le succès semble pour le moment être au rendez-vous pour cette suite, il est rare aujourd’hui qu’un réalisateur ou producteur de cinéma puisse se permettre de prendre autant de temps dans la conception d’un film. A l’heure de la production et consommation en masse de séries et franchises cinématographiques (Marvel, DC, Star Wars, etc.) et de la compétition acharnée entre les plateformes pour le temps de cerveau disponible des spectateurs, voir un réalisateur prendre plus d’une décennie pour travailler son histoire, ses personnages et améliorer les technologies cinématographiques à disposition (car Avatar 1 et 2 sont avant tout des prouesses technologiques) est une sorte d’OVNI dans le paysage Hollywoodien actuel. A vrai dire, seuls deux ou trois réalisateurs sont capables aujourd’hui de s’offrir un tel luxe en terme de temporalité à Hollywood et James Cameron en fait partie. Il aurait été aisé de céder à la facilité en produisant des suites à la pelle dans un univers si étendu qu’est celui d’Avatar et de surfer immédiatement sur le succès générationnel du premier film, mais une autre direction a été choisie et qui démontre que cela est possible (même si ce n’est pas donné à tout le monde évidemment).

Un film de 3h12

Mais si Avatar, la voie de l’eau est un projet hors du temps, ce n’est pas seulement de par sa conception, c’est aussi dans son contenu. Pour commencer, le film dure 3h12 et prend son temps pour présenter ses nouveaux personnages et le nouvel environnement dans lequel vont évoluer les protagonistes. Si quelques passages au début et à la fin du film sont plus rapidement expédiés (car il a fallu faire des choix au montage on l’imagine), ce film prends un temps d’exposition très rare pour une super production hollywoodienne moderne. Plus marquant encore, James Cameron assume les positions prises dans le premier film en allant encore plus loin dans son message écologiste,  «animaliste», anticolonialiste et anticapitaliste consumériste sans limite. Pourtant, le monde culturel occidental n’est plus le même depuis 2009, au sein duquel les discours aseptisés et lisses sont devenus la norme. Si certains messages sont assénés parfois avec un manque de subtilité évidents, comme par exemple la dénonciation de la chasse à la baleine, Cameron a le mérite d’assumer ses convictions. Plus étonnants encore, Avatar échappe, pour l’instant encore, aux ravages de l’idéologie woke, très en vogue actuellement à Hollywood, en témoigne les scandales entourant la série Les Anneaux de pouvoir sortie en 2022 sur la plateforme Amazon Prime. Dans Avatar 2, point d’ode au véganisme (les Navi’s chassent des animaux de Pandora pour s’en nourrir), point de mise en avant des communautés LGBTQ etc. ou de féminisme exacerbés (les personnages féminins sont mis en avant tout autant que les hommes dans le film et ne sont pas unilatéralement bons, on en trouve dans les deux camps).

C’est triste à dire, mais nous en sommes arrivés à un point où il faut relever ce fait dans une production culturelle occidentale. Et c’est ce qui en fait un film «hors du temps». Loin du contexte culturel, politique, commercial ou financier du Hollywood d’aujourd’hui, James Cameron a produit un film grand public avec un message engagé, avec l’ambition de résister aux affres du temps et de marquer l’histoire de la science-fiction. Est-ce qu’Avatar 2 est un film parfait? Absolument pas. Répond-il aux attentes des fans et du public? C’est aux concernés qu’il faut le demander. Cependant, si vous avez aimé le premier Avatar, il y a de fortes chances pour que vous soyez satisfaits par ce second opus. Mais il ne fait aucun doute qu’Avatar est une licence qui marquera son époque, et pas seulement par les chiffres que la saga génère, mais également par l’ambition qu’il y a derrière et la temporalité particulière liée à ce projet. Chacun se fera son avis et des scandales plus ou moins médiatisés ne manqueront pas d’éclater autour de la production ou des différents messages du film, c’est un des mauvais côtés malheureux des réseaux sociaux actuels. Mais il est rafraîchissant dans un paysage médiatique et audiovisuel grand public parfois si coercitif de mettre en avant des projets qui sortent de l’ordinaire et qui pensent et conçoivent hors des présupposés et impératifs de leur époque.



«Avatar: la voie de l’eau», de James Cameron, 3h12

Les salles où voir le film

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

2 Commentaires

@Laurentvallotton 06.01.2023 | 12h23

«Je n'ai pas vu le nouvel Avatar, mais il ne me semble pas que James Cameron ait si bien tourné du côté du wokisme. Ici deux critiques de Matt Walsh:
https://www.youtube.com/watch?v=wofdD3WckIU
https://www.youtube.com/watch?v=2KEPYSv0TdQ»


@LV 08.01.2023 | 09h44

«@laurentvalloton
Difficile de donner du crédit à Matt Walsh qui fait une critique complète sans avoir vu le film… »


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