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CHRONIQUE / Migraine

Passe-moi le beurre, mais si possible sans les pesticides, et dis-moi qui t’habille

L ’Union suisse des paysans regrette que du beurre européen soit commercialisé sous des marques suisses et l’on constate ainsi que l’ennemi est déjà dans nos murs. Les pays européens n’exportent pas que du beurre, aussi des pesticides, ceux qui sont interdits chez nous car trop dangereux pour la santé, mais qu’on va quand même finir par ingurgiter. Tandis que des politiciennes suisses font les mannequins pour une chaîne de magasins de vêtements.

La semaine dernière, j’évoquais le fait que le beurre vendu à la Migros n’était pas toujours d'origine helvète. L’Union suisse des paysans (USP) a fait la même constatation, relevant qui plus est une tromperie: «Ces dernières semaines, la Suisse a fait venir des tonnes de beurre de l’Union européenne. Dans la branche, il avait été convenu que le beurre importé ne saurait être commercialisé sous des marques suisses telles que "Le Beurre" ou "Floralp". Or, l’expérience de ces derniers jours montre que les transformateurs et les détaillants font fi de cet accord.» Le comité de l’USP espère «que les entreprises concernées reviendront sans délai au plan de départ, qu’elles s’y tiendront et qu’elles cesseront d’affaiblir les marques nationales de haute qualité». On le voit, les ennemis de la patrie ne sont pas tapis à l’extérieur des frontières mais déjà bien installés dans nos contrées où ils ont pignon sur rue. Il y a longtemps que nous ne sommes plus les citoyens d’un monde libre, juste les consommateurs d’un marché global. Passe-moi le beurre.           

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Les Suisses ont de la chance, dans d’autres pays, ce n’est pas du beurre qu’envoient les pays de l’Union européenne mais des «pesticides bannis du continent en raison de risques pour la santé», explique Le Nouvelliste qui se fait l’écho de l’ONG Public Eye. Celle-ci donne l’exemple du paraquat, interdit dans l’UE depuis 2007 et en Suisse depuis 1989: «Syngenta continue pourtant de fabriquer cet herbicide dans son usine d’Huddersfield, au Royaume Uni, et de l’exporter en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, où il provoque des milliers d’empoisonnements.» Selon l’ONG, «En 2018, les pays membres de l’UE ont approuvé l’exportation de 81 615 tonnes de pesticides contenant des substances bannies sur leurs propres sols en raison de risques inacceptables pour la santé ou l’environnement». Mieux vaut donc avaler un peu de beurre européen vendu par la Migros que ces pesticides, pensez-vous. Sauf que Public Eye précise: «Ironie de l’histoire: les principaux pays qui nourrissent l’UE en produits agricoles importés (les Etats-Unis, le Brésil et l’Ukraine) font partie des destinations privilégiées des exportations de pesticides interdits depuis l’UE. Ces substances indésirables se retrouvent ensuite bien souvent dans l’assiette des consommateurs européens sous forme de résidus.» Repasse-moi le beurre.

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Pour finir sur une note positive, relevons que les politiciennes suisses savent dépasser les clivages idéologiques. Dans T, le magazine hebdomadaire du quotidien Le Temps, elles sont six, de droite comme de gauche en passant par les Verts, à poser pour un sujet intitulé «Dans la (seconde) peau des politiciennes», complété par une interview de la présidente de la confédération, Simonetta Sommaruga qui, vêtue d’une stricte robe foncée, déclare: «J’utilise aussi mes habits pour souligner les messages que je cherche à faire passer». L’amie qui m’a signalé ce reportage − après avoir souligné que j'étais très mal habillé − est persuadée qu'il a une vertu féministe. L’éditorialiste de T, elle, relève le paradoxe qu’il y a à faire un sujet sur les habits des politiciennes tout en regrettant qu’on y attache plus d’importance qu’à ceux des politiciens. Comme j’aime les paradoxes, cela ne m’a pas gêné. Mais lisant que «A l’exception de Simonetta Sommaruga, toutes les politiciennes présentes dans cet article ont été habillées par Bon Génie Grieder», je me suis demandé si cette publicité était compatible avec leurs mandats et si elles ont eu le droit ensuite de garder leurs vêtements ou de les acheter avec un rabais. J’ai mauvais esprit.

Comme la migraine.      

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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