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CHRONIQUES / TOUT VA BIEN

Parent 1, parent 2

N on, le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît tous les mois dans 24heures. Excepté le dessin de Pascal Parrone, en exclusivité pour Bon pour la tête.

La France s’est dotée d’une nouvelle loi scolaire. Le débat fut animé et les propositions d’amendement innombrables. L’une d’elles a fait le buzz: elle prévoyait de remplacer, dans les documents administratifs, les termes «père» et «mère» par «parent 1» et «parent 2». Vous voyez l’idée: papa-maman, c’est ringard. Que faites-vous des familles à double maman, double papa, maman seule et pas abandonnée du tout, ma-pas fluides et pa-mas en transition? Foin de «cases figées», vive la nouvelle diversité familiale.

Et que fait-on pour lui rendre justice dans la joyeuse infinité de ses nuances? On anonymise, on dépersonnalise, on uniformise le vocabulaire. Le paradoxe n’a pas échappé aux opposants à l’amendement issus de la Manif pour tous: «Parent 1 et parent2», c’est «absolument déshumanisant», ont-ils plaidé.

La réaction des cathos était prévisible. Plus surprenant: certains progressistes ont ferraillé contre l’amendement avec tout autant de vigueur. «Parent 1 et parent 2», ça ne va pas du tout, a dit l’Association des familles homoparentales. Et pourquoi cette fois? Parce que ça introduit une «hiérarchie» entre les partenaires.

Ben oui: cette numérotation, ça sent le podium à plein nez. Comme s’il y avait -vade retro!- un parent principal et un parent secondaire. Et d’ailleurs, qui sera le «parent 1» et qui le «parent 2»? Quels critères pour décider? Il aurait bien deux ou trois bricoles d’ordre biologique, du genre: celui qui a donné son sperme (à la mère porteuse), celle qui a porté l’enfant. Mais précisément, cette asymétrie heurte le souci d’égalité de nombreux couples de même sexe, qui déploient toutes sortes de stratégies pour brouiller les pistes: on mélange le sperme des deux papas avant la fécondation in vitro, on féconde deux ovules avec chacun un sperme différent pour obtenir des «jumeaux croisés». On implante chez «maman A» l’ovocyte fécondé de «maman B». Ou alors, simplement: on sait qui est le parent biologique mais c’est secret défense. Dans certaines familles, l’enfant lui-même n’a pas le droit de savoir. Dans une enquête suédoise, j’ai trouvé un couple de femmes qui refusait de dire à sa fille laquelle des deux l’avait portée.

L’amendement «Parent 1 et parent2» a été abandonné. Le rêve d’égalité absolue, lui, continuera à générer son lot de délires. Et pas seulement dans les couples de même sexe. C’est embêtant à dire, mais on est différents. Ça complique. Sauf que l’égalité sans la différence, c’est juste la paix des clones.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@Granda 11.03.2019 | 08h35

«C'est dans le même esprit que la journée des droits de la femme "le 8 mars", appelée communément "journée de la femme" gagne en notoriété, justement pour démoder et détrôner la fête des mères. Dans certains esprits chagrins, prétendument modernes, une femme n'est qu'une femme, elle n'est ni épouse, ni mère ni fille de...rien qu'une femme. Et les femmes semblent aimer cette réduction. Vive la modernité ! Excellent article Madame Lietti. Toujours un réel plaisir de vous lire !»


@nelly 12.03.2019 | 17h31

«je ne suis pas catho, pas homo une simple hétéro et parent UN et parent DEUX m'a profondément choquée.....il y a des mamans, des papas, des mamans porteuses, des papas donneurs (il y en aura toujours) des connus, des inconnues.....nous sommes tricotés de cette différence....j'aurais aimé connaître QUI avait osé imaginer un parent 1 et un parent 2??? un algorythme?????
Claudine Rudolph »


@Gio 13.03.2019 | 08h19

«Excellent article Madame Lietti, je suis évidemment pour l’égalité pour autant que celle-ci ait un sens, mais de là à passer parent 1, parent 2 et effacer ce à quoi on tient tous le plus au monde, maman et papa ou les variantes possibles, c’est inquiétant; on imagine ensuite les enfants qui perdront leurs prénoms trop explicites pour enfant 1, enfant 2 etc.
Avons-nous perdu notre bon sens dans cette bataille?»


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