keyboard_arrow_left Retour
CHRONIQUE / Tout va bien

Par la droite

U n rendez-vous hebdomadaire pour raconter comment le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît le samedi dans 24 heures.

Dites-mois que c’est une blague, une trouvaille de youtubeur: des députés de droite veulent légaliser, sur l’autoroute, le dépassement par la droite. Franchement: si c’était une blague, elle serait bien trouvée.

Mais ce n’est pas une blague. Le député PLR Thierry Burkart prend le relais de l’UDC (deux tentatives); il dépose, à son tour, une motion au Parlement. Bingo: l’Office fédéral des routes prévoit de mettre le sujet en consultation en 2018 (Le Matin Dimanche du 17 septembre dernier). Ainsi, la Suisse sera peut-être bientôt le seul pays d’Europe à autoriser le dépassement par la droite. Ça, c’est de l’indépendance.

J’avoue que, même dans mes pires moments de désespérance, je n’avais pas imaginé une telle réponse à ce phénomène qui m’alarme: sur la route, de plus en plus de gens trouvent normal de vous doubler par la droite. C’est horriblement dangereux et stressant. Je me demandais comment les autorités en charge de la sécurité routière comptaient enrayer le fléau. Eh bien maintenant je sais: en décriminalisant le chauffard. Brillant. C’est un peu comme si on décidait de lutter contre la pédophilie en abaissant à six ans l’âge de la majorité sexuelle.

Bien sûr, Thierry Burkart vous explique qu’il y a dépassement et dépassement. Lui ne veut autoriser que le dépassement «passif», reconnu comme licite par le Tribunal Fédéral l’an dernier. Le scénario: vous roulez à droite à une vitesse autorisée, et à votre gauche, ça ralentit, si bien que vous dépassez sans même accélérer. 

Je peux comprendre que, de temps en temps, ce genre de situation se présente et mérite une appréciation nuancée. Rien n’empêche de former les gendarmes à le reconnaître tout en concentrant leur attention sur les cas les plus fréquents de dépassement par la droite.

Dans l’immense majorité des cas, l’énervé qui dépasse pas la droite n’a rien du pacifique automobiliste victime d’un passif malentendu. L’énervé qui dépasse par la droite a l’impression que tout le monde ralentit simplement parce que lui, il accélère. Si vous lui dites votre préoccupation concernant la sécurité routière, il vous expliquera avec fougue que le vrai problème, ce sont les bolosses, les crétins, les incompétents, les connards, les inconscients et pour tout dire les mémères qui roulent au milieu ou, pire encore, à gauche, alors qu’ils n’ont rien à y faire. Par exemple, ceux qui roulent à 120 km/h et se sentent autorisés à ne pas se rabattre immédiatement entre deux dépassements vu qu’il sont à la vitesse maximale autorisée.

Où est le problème? Le problème, c’est que quand votre vitesse de croisière est de 150 km/h, tous ceux qui respectent les limitations de vitesse sont des bolosses, des crétins, des incompétents, des connards et des inconscients. Et que pour l’énervé de service, une plus grande tolérance législative en matière de dépassement ne peut avoir qu’un effet: celui du feu vert.

Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr, Geoffrey Genest, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud (président), Jacques Pilet, Chantal Tauxe, Faridée Visinand, Ondine Yaffi (ordre alphabétique).

© 2018 - Association Bon pour la tête | une création WGR