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CHRONIQUES / TOUT VA BIEN

Des journées entières avec papa

N on, le sérieux n'est pas toujours là où l'on croit. Cette chronique d'Anna Lietti paraît tous les mois dans 24heures. Excepté le dessin de Pascal Parrone, en exclusivité pour Bon pour la tête.

Le ski, c’est formidable. Mais aussi: le matériel pèse comme trois mammouths, il coûte un bras et les deux yeux de la tête, tout comme les remontées mécaniques et les molles frites d’altitude. Ajoutez à cela la queue au télécabine, les bouchons sur l’autoroute du retour, la buée dans les lunettes et le temps considérable que l’on passe à apprendre à se tenir sur des lattes avant de commencer à avoir du plaisir.

Ça fait tout de même beaucoup de coches dans la case des «moins». Pourtant, le ski (de piste s’entend) reste incroyablement, déraisonnablement populaire. Dans bien des familles au budget serré, c’est le seul luxe auquel on ne se résout pas à renoncer. Qui a skié, skiera et ses enfants après lui.

D’où vient cet attachement si fort? Les montagnes, l’âme helvétique, bien sûr. J’ai une hypothèse plus intérieure. Je pense que si le ski est porteur d’une charge émotionnelle tellement puissante, c’est qu’il offre aux enfants une cure intensive d’attention paternelle.

Prenez, par comparaison, l’autre grand classique des vacances en famille: la journée à la plage. Elle est réussie lorsque les parents peuvent lire tranquillement leur pavé d’été pendant que les enfants se font de nouveaux copains de jeu. On se retrouve de temps en temps pour une trempette mais on ne passe pas DES HEURES à nager côte à côte.

Au ski, on passe DES HEURES ensemble, dans une intensité d’attention à l’autre qui trouve peu d’équivalents le reste du temps, sportif ou non. On s’attend, on ne se perd jamais de vue, on se demande si ça va, on ajuste son rythme les uns aux autres, on scrute leurs progrès.

Quel autre sport offre cela? Quand on court, c’est chacun dans sa bulle; quand on fait du vélo, les parents sont devant, les enfants derrière. Quand on marche, on est certes volontiers côte à côte, mais jamais avec la même sollicitude. Là, ça va être la semaine de février et les mômes vont vivre ce bonheur intense: du matin au soir, virage après virage, glisser sur une pente neigeuse en sentant sur soi, comme un soleil énergétique, le regard du père.

Oui, bien sûr, de la mère aussi, des grands-parents et des autres. C’est juste que des journées entières avec papa, cela reste, qu’on le veuille ou non, ce qu’il y a de plus rare, de plus précieux. Le shoot affectif qui vous fait oublier les frites molles, les chaussures de plomb et les bouchons du retour. Le trésor immaculé à transmettre, coûte que coûte.

VOS RÉACTIONS SUR LE SUJET

3 Commentaires

@Veror 12.02.2019 | 16h43

«Bravo pour cet article !
Je n’y avais jamais pensé, mais je détestais le ski petite !!
Je n’ai pas détesté mon père pour autant , je l’aurais juste massacré pour devoir partir skier .... mais j’ai persévéré et mes enfants ont eu bcp de plaisir ....
affaire à suivre ! »


@Chrescht 13.02.2019 | 15h17

«Et pourquoi ce serait forcément papa qui entraîne les enfants au ski. Journée d'attention maternelle tout aussi bienvenue quand maman bosse ! »


@gérard 19.02.2019 | 09h43

«Bonjour Madame Lietti,
En plus de mes fils, petits fils, petites filles, j'ai fait ça toute ma vie avec plus d’une vingtaine de classes de neige et c'est vrai, la consigne c'était toujours "On s'attend !" On ne veut pas de brebis perdue !
Beaucoup de bons souvenirs avec aussi des moins bons: je me vois encore plié en deux, voire couché dans la neige pour remettre droits les deux skis, bien à l'horizontale, relever le malheureux noyé dans la neige, essuyer ses lunettes, resserrer les souliers et les fixations sans compter le gant qui s'est perdu, tout froid et les bâtons où sont-ils ? Et là, tu as un sabot sous ton soulier, on a les mains glacées.
Un autre souvenir dur, dur: la nonchalance de tout ce beau monde quand il faut faire deux cents mètres à pied avec ces boulets aux pieds pour rejoindre la télécabine, et puis, l'écho sec des chaussures qui claquent sur le béton dans ces corridors sombres et humides, enfin, le bruit magique de la délivrance: le crochet qui serre le câble et hop, nous voilà lancés vers les hauteurs. Que d'efforts juste pour ça... Et puis soudain, inattendue, c'est la poésie des arbres sous la neige, quel bonheur.
Meilleures salutations, Claude Mermod
»


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