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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Céline Dion, la vie «cool»

L a plume qui caresse ou qui pique sans tabou, c’est celle d’Isabelle Falconnier, qui s’intéresse à tout ce qui vous intéresse.

Abracadabra! Un vrai tour de magie. Il suffit à Céline Dion d’être veuve pour être décrétée «cool» par les observateurs du monde entier. C’est que depuis que son René est mort d’un cancer, elle fait la fofolle, s’habille comme une créature de la nuit en plein jour, porte des décolletés insensés et des combinaisons laides à faire peur, dévalise les boutiques parisiennes, tourne des vidéos absurdes pour Vogue, dîne et plus si entente avec son nouveau danseur espagnol, se lâche en boîtes de nuit. Et bien sûr, les réseaux sociaux adorent ça, inondant médias et gazettes people d’images de la «nouvelle» Céline.

C’est vrai que René n’était pas «cool» – trop vieux, trop pygmalion, trop papa poule, trop malade, trop manager, trop collant, trop présent, trop vu, trop ringard.

Mais pourtant, ce n’est pas «cool» d’être veuve.

Merci René

Justement, abracadabra! Céline ne joue pas les veuves éplorées. Et ça, on adore. On adore qu’elle ne pleure pas, ou plus. Qu’elle rejoigne tout sourire la cohorte des gens qui s’amusent, le peuple du fun, des modeux superficiels, des filles sexy qui ne pensent qu’à leur dressing et ne lisent que les pages modes des magazines. Quel soulagement. On s’attendait à ce qu’après trente ans passés aux côtés de son pygmalion-mari-papa-manager, elle se confine dans un rôle de veuve éternelle, chantant son amour perdu pour toujours dans la continuité lacrymale de l’entreprise nommée Titanic, y ajoutant un rôle de mater dolorosa couvant ses trois orphelins.

Mais non. Abracadabra. Rien de tout cela. Alors la planète pousse un grand «Ouf!». Enfin une people qui nous épargne ses malheurs, ses soucis, ses problèmes de cœur, de régime, de sous, de santé. On ingurgite Céline version «cool» comme une vraie pilule bonheur, un shoot de vodka, du Valium en intraveineuse. René, c’était la vraie vie: celui qui la ramenait à la gamine à la voix d’or mais mal dégrossie qu’elle était, aux dents de travers peu compatibles avec les défilés parisiens. Celui qui était malade, celui dont il fallait tenir la main, consoler. Celui qui ne pouvait pas avoir d’enfants et qui l’a faite attendre, et attendre, pour être mère. Celui qui vieillissait inexorablement, rappelant qu’elle aussi, malgré sa silhouette juvénile, malgré la gloire, malgré l’argent, vieillissait aussi. Du coup, quoi qu’elle ait fait, dit, quels que soient les habits extravagants et tendance qu’elle a pu porter, être avec René, ce n’était pas «cool». René n’était pas bon pour l’image.

Mais voilà. Abracadabra. Plus de René. Merci René.

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