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CHRONIQUE / Ainsi parlait Zaza

Brigitte aime Lausanne

Brigitte Macron «adore» Lausanne, donc. Venue dans le chef-lieu vaudois accompagner son mari Emmanuel Macron, lui-même venu défendre la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 2024 ou 2028, elle a déclaré en partant: «Franchement, cela m’embête de rentrer sur Paris. Une certaine idée du paradis, c’est ici.»

Les gars et les garces, on se calme. Lausannois et Lausannoises que je vois prêts à vous faire péter les boutons de braguettes tellement vous êtes fiers, Vaudois et Vaudoises qui nous ressortez déjà le couplet de Gilles «Y en a point comme nous», allez tout de suite vous passer la tête sous l’eau froide. Brigitte ne parle ni de votre ville, ni de vous. Pour vous, Lausanne c’est le Festival de la Cité, la Migros des Terreaux, le marché du samedi matin, le métro, l’apéro aux Brasseurs, le parc de Montbenon, les pizzas de chez Mario, les cinémas du Flon, des collines avec des rues qui montent et qui descendent, des bouchons, des travaux aux carrefours.  

Elle n’a pas vu cela. Brigitte, en disant Lausanne, pense à ce qu’elle a vu et fait avec Emmanuel. Brigitte, à Lausanne, a vu le Musée Olympique, la statue de Pierre de Coubertin, le Palace Beau-Rivage, le siège du Comité Olympique, le lac, des policiers et des hélicoptères de la police. Ah, et l’aéroport de Payerne.

Ce que Brigitte a vu, ce n'est pas le paradis

Alors d’accord, les autorités de la ville de Lausanne et du canton de Vaud sont fort sympathiques. Le jour où j’arrive au paradis, personnellement, je serais ravie d’être accueillie par Nuria Gorrite.

Mais Brigitte n’a pas vu Lausanne. Et Brigitte a dit n’importe quoi parce qu’elle n’a qu’un désir, et qu’un devoir, se montrer sympathique.

Non, ce que Brigitte a vu, ce n’est pas le paradis. A Ouchy, on s’ennuie. Au musée Olympique, on s’ennuie. Au Beau-Rivage Palace, on ne peut pas savoir: on n’y a jamais dormi. Au siège du CIO, on ne sait pas: on n’y est jamais entré.

Non, les quelques centaines de mètres entre le Musée Olympique, le Beau-Rivage et le siège du CIO ne sont pas Lausanne parce que les Lausannois n’y habitent pas.

C’est agaçant, n’avoir rien vu de Lausanne et prétendre que Lausanne, c’est le paradis.

C’est très agaçant de l’entendre dire qu’elle est «embêtée de rentrer sur Paris». Nous autres Lausannois, cela ne nous embêterait pas de «rentrer sur Paris». On ne prétend pas hypocritement que l’on pourrait troquer sur un coup de tête son modeste palais sur les Champs-Elysées pour une «paradisiaque» cabane de pêcheur à Ouchy. Laissez-moi essayer de dire à un Parisien, la bouche en cœur, la prochaine fois que je suis à Paris: «Comment? Vous ne préférez pas Lausanne? Quelle drôle d’idée!»

Brigitte, reviens! Tu veux voir Lausanne? On va te montrer Lausanne! Et oui, le paradis, c’est ici.


Bon pour la tête est une association à but non lucratif, emmenée par un comité de bénévoles composé de Sarah Dohr (présidente), Geoffrey Genest, Yves Genier, Anna Lietti, Denis Masmejan, Patrick-Morier-Genoud, Jacques Pilet, Chantal Tauxe (ordre alphabétique).

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