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AILLEURS / Humanitaire

«Povertyporn», ou le complexe du sauveur blanc

C ollectionner les «likes» grâce à la compassion inspirée par des photos de pauvreté de petits enfants africains: une pratique tout à fait acceptée dans le monde virtuel des réseaux sociaux. Et si les «volontoursites» (les touristes de l’humanitaire) essayaient plutôt de lutter contre les stéréotypes?

Une campagne du Norwegian Students’ and Academics’ International Assistance Fund (SAIH) en association avec le compte parodique sur Instagram Barbie Savior, présente un guide à l’attention des volontouristes occidentaux: une vidéo et une marche à suivre expliquent avec piquant les impacts d’un naïf selfie représentant par exemple une jeune personne (de préférence blanche) entourée d’écoliers africains.


Selon Beathe Ogard, président de SAIH en Norvège, une photo innocente de ce genre peut appuyer le stéréotype selon lequel seules l’aide, la charité et l’intervention des Occidentaux peuvent «sauver le monde».

On connaissait le «foodporn» – une manie de prendre en photo son plat au restaurant pour la poster sur les réseaux sociaux – voilà maintenant le «povertyporn»: un besoin de montrer la pauvreté, sans recul critique, partout où l’on va, mais de préférence dans les «ex-colonies». Qu’il s’agisse d’une sorte d’impérialisme du 21e siècle ou d’un «white-savior complex» (complexe du sauveur blanc), ce reflexe numérique est rarement en adéquation avec les réels besoins de la population.



Alors, plus de volontariat pour les jeunes (et les moins jeunes) pendant leurs vacances d’été? Si, disent les responsables de la campagne. Il est même permis de faire des photos et de les poster sur les réseaux sociaux. La clé se trouve simplement dans le respect des photographiés: ce n’est pas parce qu’un gamin demande à être immortalisé par un smartphone, les yeux brillant d’excitation, qu’il est en âge de prendre ce genre de décision.

Un enfant de Ouagadougou – pas plus qu’un petit Neuchâtelois ou un petit Argovien – ne comprend encore complètement les principes de vie privée, de dignité ou d’image publique. L’adulte, si. En tous cas en théorie.


Le SAIH est connu pour ses campagnes décalées. La vidéo "Who Wants To Be A Volunteer?" avait été virale en 2014.


L'article en anglais de la National Public Radio: «Volunteering Abroad? Read This Before You Post That Selfie»


Précédemment dans Bon pour la tête

Par souci de la vérité: Kemtiyu, Cheick Anta, par Stéphane Venanzi

La main de l’Homme responsable du désastre en Sierra Leone, par Jade Albasini

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